vendredi 11 septembre 2015

FERME-MUSEE DE LA FORET - COURTES - AIN.

Les fermes bressanes possèdent des caractères très particuliers et la Ferme de la Forêt est remarquable du fait qu'elle a été transformée en musée en 1972 et a été ainsi conservée avec toutes ses singularités. Habitée jusqu'en 1968, elle est située à 3 kilomètres de Saint-Trivier-de-Courtes (dont il est question ici).

L'extérieur.
Datant de 1582, elle comporte deux bâtiments, la maison principale et la grange. Tout d'abord, il faut savoir qu'en Bresse, les fermes n'ont pas de fondations afin de pouvoir être déplacées ou réaménagées relativement facilement en cas de besoin. On les démonte et on les remonte plus loin. On a découvert dans une ferme bressane, des bois numérotés afin de faciliter la réinstallation.
Ainsi, au début du XXe siècle, celle-ci échoua en héritage à deux frères qui ne s'entendaient pas. Un jour, l'un d'eux décida de partir et il emmena donc sa partie de maison avec lui. On retrouve quelques traces de cette séparation par des cicatrices laissées sur les murs ou les aménagements.


Cette ferme possède plusieurs caractéristiques : sa galerie qui longe le premier étage, sa cheminée sarrasine et son mode de construction. 
 Le premier étage était uniquement destiné à recevoir le foin à sécher. Lors de la séparation des deux frères, l'escalier extérieur fut déplacé mais la rambarde fut conservée sur toute la longueur de la maison afin de lui conserver son harmonie. Ici, elle est faite de croisillons de bois assemblés par tenons et mortaises, mais souvent, ce type d'aménagement est en carrons (briques).
L'adjectif sarrasine qualifiant la cheminée n'a pas d'origine certaine. Il aurait été créé au XVIIIe siècle, par des observateurs qui leur auraient attribué ce qualificatif parce qu'elles étaient très anciennes. D'autres hypothèses ont été avancées comme attribuer leur invention à des envahisseurs arabes; totalement improbable puisque les dernières incursions remontent au Xe siècle. Certains historiens avancent que ce serait dû à l'influence d'Amédée V de Savoie, devenu seigneur de la Bresse en 1272; il aurait eu des domaines au proche-orient et rapporté ce modèle de cheminée de là-bas. L'Empire Latin de Constantinople ayant cessé d'exister en 1261, l'hypothèse est peu vraisemblable également.
Quoiqu'il en soit, ce type de cheminée se retrouve assez fréquemment en Bresse même si on en dénombre de moins en moins. Elles étaient appelées autrefois "cheminées chauffant au large" parce que placées à l'intérieur au milieu de la pièce à vivre, elles diffusaient la chaleur tout autour, comme on le verra plus loin.


 Pour le mode de construction, il est constitué de pans de bois chevillés entre lesquels on posait du clayonnage fait de branches tressées. On terminait par un torchis de boue argileuse puisée au fond des mares et plaqué à la main. Le clayonnage de la ferme présentée ici date de l'époque de construction : 1582. Aujourd'hui, quand le clayonnage est abîmé on est obligé de le remplacer par des carrons.
Comme on peut le voir sur les photos d'ensemble, l'aspect extérieur des fermes était marqué par les panouilles qui pendaient. Il s'agissait pour les propriétaires de faire sécher les épis de maïs et aussi de montrer leur aisance, car plus on disposait de panouilles, plus on était riche. En Bresse savoyarde, on disposait les épis en grappes, tandis qu'en Bresse bourguignone, on les disposait en ligne, comme on le voit au premier étage sur les vues d'ensemble.


Le toit présente une forte avancée pour protéger les murs et les abords des intempéries.
La grange, sans doute plus récente, a des colombages comblés avec des carrons.
L'intérieur révèle le mode de vie que connaissaient les habitants jusqu'au milieu du XXe siècle.
Il s'agissait d'une pièce unique pour toute la famille. Au centre, le foyer chauffant au large au dessus duquel une marmite est accrochée. La fumée est évacuée par une hotte pyramidale qui se termine par un conduit carré et la cheminée extérieure montrée plus haut. Au milieu et en travers de la salle on voit la poutre maîtresse qui soutient le premier étage et le toit. Cette poutre mesure dix mètres et pèse quatre tonnes. C'est grâce à elle qu'on a pu dater la maison par la dendrochronologie. Cette science qui étudie les bois de construction permet l'analyse des cernes successifs des arbres et de dater la coupe exactement à l'année et au mois près .
De chaque côté du foyer, les lits encadrés de rideaux. Les matelas sont garnis de feuilles de maïs qu'il faut remettre en forme tous les matins à l'aide du bâton de lit. Les lits sont petits car les gens dorment assis, la position couchée rappelant la mort. Au pied d'un des lits se trouve accroché un berceau. Il est ainsi isolé du sol et des bêtes qui circulent librement dans la maison et surtout des cochons, animaux omnivores, qui pouvaient se jeter sur les nouveaux-nés et les dévorer. De plus, si le bébé pleure la nuit, on peut facilement le bercer en tendant le pied.
       
Au fond de la salle, l'archebanc qui est un meuble important car il a été béni par le curé de la paroisse à l'installation de la maison. Seul le maître de maison et ses invités de marque s'assoient sur ce banc. C'est là qu'on tope pour se mettre d'accord sur une transaction ou des accordailles. Certaines fermes possèdent un archebanc avec un coffre dans le siège.
Au centre se trouve la table pour les repas. Seuls les hommes s'y assoient, les femmes restant debout pour les servir et elles-mêmes mangeant debout. La table est munie de rangements avec des portes coulissantes. Ces coffres descendant très bas, il est impossible de glisser ses jambes dessous; aussi, les hommes sont à califourchon sur les bancs. D'ailleurs, on ne s'éternise pas autour de la table. Sitôt, le repas terminé, on repart vaquer à ses occupations. Au dessus, fixées sous la poutre, les cuillères sont accrochées. Chacun en passant prend la sienne, et la repose ensuite. On n'utilise pas de fourchette et chacun a un couteau personnel.

A propos des hommes, comme ils étaient éparpillés dans les champs et les prés, il fallait les appeler au moment des repas. C'est grâce à cette trompe dont le son peut porter à trois kilomètres, qu'on les faisait venir. Cet instrument n'est pas sans rappeler le vuvuzela sud-africain qui à l'origine devait avoir le même usage.
Au-dessus, une aquarelle représentant la ferme avant son partage. On remarque qu'à l'époque la cheminée était, comme il se doit, au centre de la maison.
De l'autre côté de la salle, il y a l'évier et ce qui peut être considéré comme la cuisine. Devant, deux meubles destinés aux petits enfants. Une chaise double de bébé (le taux de natalité était élevé à l'époque) et un "tin te ben"servant à apprendre à se tenir debout et à marcher.

Un autre aspect très important de la Bresse, est le chanvre. Il était cultivé, préparé et même filé sur place. Semé au printemps, il était récolté en septembre. Il servait à confectionner des chemises et des draps un peu rêches, mais solides.
Une petite pièce attenante à la grande salle renferme quelques éléments de la vie bressane.
Ce mannequin nous présente le costume traditionnel des femmes pour les grandes occasions avec chapeau si particulier. A côté, un exemple d'armoire bressane typique avec ses fonds de portes en loupe de frêne.

Une autre spécialité de la Bresse est le vincuit (qui n'a rien à voir avec le vin). C'est une sorte de "confiture" préparée  avec 80% de pommes et 20% de poires qu'on plume (épluche) et qu'on fait cuire pendant 24 heures, dans de grands chaudrons en cuivre. C'était l'occasion de faire une grande fête où tout le monde participait. L'opération délicate était de remuer sans arrêt le mélange avec un pétouillon. Seuls les hommes costauds étaient capables de manipuler cet objet dans le vincuit, car le manche du pétouillon est très long pour éviter les éclaboussures brûlantes.
Cette coutume perdure encore grâce à la Communauté de Communes du Canton de Saint-Trivier-de-Courtes (à découvrir ici).








Dans la grange, on peut voir de nombreux outils de toutes sortes dont certains attirent l'attention pour leur singularité.

Ainsi, ce compas de charron indispensable pour fabriquer des roues bien rondes ou ce trieur de grains.






Un dernier clin d'oeil pour montrer combien la brouille entre les deux frères évoqués plus haut était grande. Le puits comporte deux treuils, deux manivelles, deux chaînes et donc deux seaux.
Chacun des frères avait son système pour puiser l'eau et gare à celui qui se risquait à utiliser celui de l'autre.






Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire