dimanche 24 août 2014

PONT CHARLES DE GAULLE - PARIS XIIème et XIIIème arrondissement.

Reliant le XIIème arrondissement au XIIIème, ce pont a été construit entre 1993 et 1996. Il se veut un trait d'union entre les deux gares de Lyon et d'Austerlitz. Malheureusement, il n'a désenclavé cette dernière qu'en partie puisqu'elle est toujours aussi mal desservie par les transports en commun.
Ceci mis à part, le pont est une magnifique réussite des architectes Louis Arretche et Roman Karansinski.
Pont à poutre de béton et d'acier, son tablier repose sur deux piles par l'intermédiaire de tubes d'acier. C'est une oeuvre superbe pour sa légèreté apparente, son profil très pur et les étonnantes perspectives qu'il nous fait découvrir.

De loin, on le distingue à peine, d'autant que l'oeil est attiré par la chenille verdâtre de la Cité de la Mode et du Design.

De près, il parait ne rien peser, et pourtant il fait plus de 3000 tonnes.


        
L'architecture moderne peut être très belle.

samedi 23 août 2014

JARDIN DES PLANTES - Le coin du robinier centenaire - PARIS Vème arrondissement

Il faut entrer dans le Jardin des Plantes par la rue Buffon à la hauteur du n°18 et emprunter l'allée Becquerel pour découvrir ce que je vais décrire ci-dessous.
L'arbre de Judée.
En premier, ce qu'on voit est un arbre au nom compliqué ou très poétique puisqu'on l'appelle soit Cercis siliquastrum ou plus simplement arbre de Judée. Il répond (muettement, il est vrai) aussi au nom de gainier. C'est un cousin géant du haricot et de la fève, dont le fruit est en gousse. Sa fleur pousse directement sur le tronc ou les branches. Celui-ci fut planté en 1785 et son âge oblige à le soutenir fermement.
                   

Le robinier.
Tout de suite après, un autre arbre apparaît. Celui-ci est encore plus vénérable puisqu'il provient du jardin du botaniste Jean Robin (1550-1629). Celui-ci reçut en 1600 des graines venant d'Amérique; il les planta et en 1630, son fils Vespasien Robin (1579-1662) transplanta cet arbre au Jardin des Plantes nouvellement créé par Guy de La Brosse. Il est sans doute le deuxième plus vieil arbre de Paris avec son frère du square Viviani (voir ici). En effet, le robinier tient son nom de ce Jean Robin qui fut le premier à l'introduire en Europe.
Il faut noter que ce qui subsiste de cet arbre, ne consiste qu'en des rejets de la souche d'origine, le tronc principal étant mort depuis longtemps. Néanmoins, il s'agit bien du même individu.
                     

La table de Plaisanterie.
Juste à côté, une table; elle n'est pas à cet endroit pour inviter les promeneurs à pique-niquer. Cette table est en pierre et a une histoire étrange. On l'appelle la table de Plaisanterie. Et là, autre étrangeté, la rigolade n'a rien à y voir, car la plaisanterie en question est le nom d'une jument . Une jument prestigieuse puisque Plaisanterie (1882-1906) gagna plusieurs courses et connut la célébrité sur les champs de courses. Mais quel rapport entre une table et une jument?
Un jour de 1885, Thomas Carter, son propriétaire lui faisait prendre de l'exercice dans la forêt de Chantilly. Alors qu'ils passaient dans le chemin des Boeufs, une allée abrupte, elle s'arrêta brusquement refusant d'avancer et grattant le sol de son sabot. Le cavalier l'inspecta pour essayer de comprendre ce qui se passait. Rien ne semblait anormal. Il alla chercher de l'aide et on creusa le sol là où Plaisanterie s'était arrêtée. Stupéfaction, on découvrit une pierre plate et ronde d'un diamètre de 2 mètres environ. On en ignore l'origine quoiqu'elle pourrait provenir du château voisin de Beaularris qui fut démoli durant la guerre de Cent ans et dont il ne reste rien. Certains supposent, mais sans certitude qu'il pourrait s'agir d'une table destinée à partager le gibier des chasses à courre.
Le mystère entoure la suite des événements puisqu'on ne sait pas ce que devint cette pierre jusque dans les années 1950 quand un peintre peu connu du nom de Henri Camus la légua avant de mourir, au Muséum d'Histoire Naturelle. On la plaça donc ici à côté du robinier multicentenaire avec un panneau explicatif racontant sa provenance. Mais, depuis 1985, même ce panneau a disparu. Il ne reste plus que la table entourée de son mystère. Une dernière chose, il parait qu'en la frappant légèrement, elle produit un son cristallin; néanmoins, comme il ne faut pas marcher sur la pelouse, il est préférable de s'assurer qu'un gardien n'est pas dans les parages.
       
Le philosophe et l'oeuf.
Derrière la table, on remarque une statue dont l'auteur reste inconnu, bien qu'on trouve sur un site qu'il s'agirait d'Emmanuel Frémiet; c'est très peu probable, parce que ce sculpteur avait un style très différent et beaucoup plus élaboré et qu'il était plutôt spécialisé dans la sculpture animalière ou épique.
Cette statue représente un philosophe tenant un oeuf et l'observant d'un air perplexe.
     

Evidemment, il s'agit d'une référence à la question fondamentale : qui était le premier? L'oeuf ou la poule? Fausse question, puisque depuis Lamarck et Darwin, nous savons que chaque individu de chaque espèce est le résultat d'une longue évolution qui débute il y a des milliards d'années. Avant la poule, il y avait un autre oiseau qui lui ressemblait mais qui n'était pas encore une poule et qu'encore bien avant cela, il y avait un dinosaure qui pondait aussi des oeufs. Et qu'avant cela...
Evidemment, la question de l'oeuf ou de la poule renvoie à la question bien plus cruciale de l'origine des origines : d'où venons-nous?
D'accord, l'univers est issu du Big Bang. Mais avant le Big Bang, qu'y avait-il? Bon, j'arrête, ça donne le vertige.

dimanche 17 août 2014

PONT MARIE - PARIS IVème arrondissement

Le Pont Marie relie la rive droite (quai des Célestins) à l'Île Saint-Louis (à la jonction des quais de Bourbon et d'Anjou). Il doit son nom, non pas à la Vierge Marie, mais à l'entrepreneur qui le fit construire entre 1614 et 1635 et qui s'appelait Jean-Christophe Marie.
A cette époque, l'île s'appelait encore Notre Dame et venait de retrouver son unité. En effet, au XIVème siècle, elle avait été séparée en deux par un bras d'eau afin de renforcer l'enceinte de Charles V. La partie la plus petite avait été appelée l'Île aux Vaches parce qu'on y menait paître ces animaux depuis la rive gauche; c'était aussi un lieu de promenade bucolique où le chapitre de Notre Dame (pas fous, les moines) avait installé un cabaret prospère.
Henri IV avait le projet de transformer cela en un beau quartier, mais le couteau de Ravaillac l'en empêcha. C'est sa veuve et son fils qui reprirent l'idée. Donc, en 1614, le jeune roi Louis XIII et sa mère posèrent le première pierre du Pont Marie et l'Île Notre-Dame devint un chantier où les grands magistrats et financiers se faisaient construire des hôtels particuliers somptueux (voir un exemple en cliquant ici) par des architectes de renom tels les frères Le Vau. A l'époque, c'était un séjour presque campagnard qui faisait pendant au Marais situé en face sur la rive droite.
L'Île Saint-Louis ne prit ce nom qu'en 1725 pour rendre hommage au roi Louis IX, ancêtre de tous les souverains français qui lui succédèrent, quelle que soit la dynastie.

Le Pont marie comporte cinq arches. Deux ont été emportées par une crue importante ayant eu lieu en 1658. Cette catastrophe provoqua la destruction de vingt maisons construites sur le pont et causa la mort d'une soixantaine de personnes. Plus tard, en 1740, on démolit les autres maisons afin de prévenir de nouveaux accidents et en 1788, toutes les constructions sur les ponts de Paris disparurent.

 











Chaque face du pont comporte trois niches qui n'ont curieusement jamais contenu de statue.

En revanche, non loin de là, au coin du quai de Bourbon et de la rue Le Regrattier, une niche contenait une statue de Saint-Nicolas. Celle-ci fut cassée en 1793 par un juge révolutionnaire nommé Jean-Baptiste Cofinhal. Ami de Fouquier-Tinville, ce Cofinhal aurait été celui qui aurait envoyé, entre autres, Lavoisier à l'échafaud (voir ici). Lui-même y fut reçu par le bourreau après la chute de Robespierre, en août 1794. On s'aperçut quelques mois plus tard, qu'il manipulait les pièces des procès afin de justifier ses décisions judiciaires. L'ancien nom de la rue Le Regrattier n'a donc rien à voir avec cette statue mais avec l'enseigne d'un cabaret qui se trouvait dans la rue.
                                                           


samedi 16 août 2014

LE PONT DE BERCY - PARIS - 12ème et 13ème arrondissement.

Le Pont de Bercy, en franchissant la Seine, relie le douzième arrondissement, au niveau du P.O.P.B. et du ministère des Finances, au treizième au débouché du boulevard Vincent Auriol (anciennement boulevard de la Gare). Ce pont a la particularité d'être à double sens pour les voitures et d'avoir en plus un viaduc où passe les métros de la ligne 6 (Nation-Etoile par Denfert pour parler comme les vrais Parisiens). Et sous le viaduc, il y a aussi une piste cyclable assez large pour que les vélos se croisent.
Au premier plan, la passerelle Simone de Beauvoir
L'histoire du quartier de la Gare sur la rive gauche est intéressante. Car quand on parle de la Gare, il ne s'agit pas de la gare d'Austerlitz toute proche, mais d'une gare fluviale composée d'un bassin creusé en 1764 pour abriter les bateaux. Cette gare a été peu à peu supprimée au fil des transformations apportées au 19ème siècle (construction des voies de chemin de fer et de la route nationale n°19).
Sur la rive droite, Bercy qui n'est plus qu'un quartier parisien joliment réaménagé a été avant 1860, un village. Il était célèbre pour avoir abrité l'entrepôt de vins le plus important de France ce qui n'est pas peu dire dans notre pays.
Mais comment serait né cet entrepôt, voilà qui est une histoire amusante.
Lorsque les Fermiers Généraux décidèrent de taxer toutes les marchandises qui entraient dans Paris, il se construisit hors les murs, avant les octrois, des établissements de plaisir où le vin et le casse-croûte était moins cher qu'intra-muros. Or, il fallait approvisionner cette demande. En 1704, alors que Louis XIV assistait à une messe à Bercy (on ne sait pourquoi, d'ailleurs) il aperçut un homme qui semblait debout alors que les autres fidèles étaient à genoux. En fait, il était aussi à genoux mais comme il mesurait ce qui équivaudrait aujourd'hui environ à 2,16m, il dépassait largement l'assistance. A la fin de la messe, le roi, curieux, le fit approcher et s'entretint avec lui. Le gars en question qui s'appelait Martin (un peu banal, non?) expliqua qu'il était vigneron près de Joigny et qu'il avait des difficultés à faire venir son vin sur Paris. Louis XIV qui pouvait tout en son royaume lui accorda le droit de vendre son vin sur la grève de Bercy en totale franchise de droits. C'est ainsi que Bercy devint le centre national du commerce du vin et des liqueurs.

Pour revenir au pont, la traversée à la hauteur de Bercy jusqu'en 1831, se faisait en bac. Louis-Philippe en 1832, fit construire un pont suspendu qui se révéla rapidement insuffisant et dangereux pour le trafic qui s'y faisait. Le roi de Français voulut en construire un autre mais la révolution de février 1848 le chassa du pouvoir. Il fallut attendre 1863 et les grands travaux parisiens du Second Empire pour que le projet arrive à terme. Depuis, il a subi plusieurs transformations jusqu'en 1992 où il fut élargi jusqu'à 35 m..
 

vendredi 15 août 2014

La GALERIE DE LA MADELEINE ET LE VILLAGE ROYAL - PARIS - 8ème arrondissement

Galerie de la Madeleine
En face l'église de La Madeleine, mauvaise copie d'un temple grec, existe une galerie qui fait communiquer la place et la rue Boissy d'Anglas. Ce passage a été ouvert en 1845 et on le doit à l'architecte Théodore Charpentier (1797-1867) constructeur également des immeubles du 3 au 9 de la place. Les cariatides surmontant l'entrée sont de Jean-Baptiste Klagman (1810-1867).
Peu fréquentée, cette galerie est cependant bordée de belles boutiques de luxe en harmonie avec celles du quartier alentour.
               


Passé la boutique du chocolatier Patrick Roger, le porche de l'immeuble du 3, place de La Madeleine, attire le regard. Elle fait partie des immeubles de Théodore Charpentier. Quant à savoir qui a réalisé les sculptures de la porte, ce sera difficile; dommage, elles sont remarquables pour de simples ornements.
        




Le Village Royal
Plus loin, sur la rue Royale au niveau du n°25, se situe le Village Royal, sorte de galerie à ciel ouvert, autre temple du luxe parisien. Alphonse Allais (1854-1905) célèbre journaliste et écrivain à l'esprit caustique et malicieux a habité ici. Ne pas hésiter à aller faire un tour sur Wikipedia pour savourer quelques unes de ses facéties cliquer ici.
 



mercredi 13 août 2014

EGLISE SAINT LAURENT et son SQUARE - PARIS - Xème arrondissement.

L'église Saint-Laurent a connu bien des bouleversements. On trouve la première mention d'une église à cet endroit dans les écrits de Grégoire de Tours qui la cite à propos d'une inondation de la Seine en 583. D'ailleurs, on découvrit  à proximité des tombeaux mérovingiens.
L'église actuelle date pour partie de 1429 bien qu'elle ait été presque entièrement reconstruite en 1595.
En 1622, on lui ajouta un beau portail jésuite dans le goût du jour (comme par exemple les façades parisiennes de Saint Gervais ou Saint Paul). En 1712, on adjoignit une chapelle de la Vierge. Et c'est en 1862, lors du percement des boulevard de Magenta et de Strasbourg, qu'on démolit cette façade pour la remplacer par celle qu'on voit aujourd'hui de style néo-gothique, plus en conformité avec le reste du bâtiment.
                       

L'intérieur, sombre, est difficile à photographier. Derrière le choeur, la chapelle de la Vierge de style classique (qu'on me pardonne pour la qualité de la photo). Quelques vitraux et des sculptures intéressantes.
                  

Le groupe représentant Marie-Madeleine penchée sur le corps du Christ mort est due à Antoine Desboeufs (1793-1862). C'est une sculpture émouvante en plâtre, très endommagée et qui aurait besoin d'une restauration importante et d'un puissant décrassage.





Attenant à l'église se trouve un petit square de même nom transformé en jardin potager partagé et géré par Emmaus. L'accès n'en est pas libre pour des raisons de protection mais on peut avoir la chance de tomber sur un moment où il est ouvert au public.
         
Une autre sculpture intitulée la Réconciliation figure dans le jardin. Elle est due à Elie-Jean Vézien (1890-1982) et a été conçue en 1935.

jeudi 26 juin 2014

EGLISE SAINT-VINCENT DE PAUL et SQUARE CAVAILLE-COLL - PARIS Xème arrondissement

Un peu à l'écart de la rue La Fayette, surplombant la place Franz Liszt, cette église monumentale et très impressionnante est précédée par le charmant square Cavaillé-Coll.

L'église a vu sa construction débuter en 1824 et se terminer en 1844. Deux architectes se sont attelés à la tâche, Jean-Baptiste Lepère (1761-1844) et son gendre Jacques Hittorff (1792-1867). Ce n'est certes pas la plus belle église de Paris, mais elle en impose par sa position au sommet d'une colline. On l'aperçoit dès les Grands Boulevards grâce à la longue perspective de la rue d'Hauteville (773 mètres).
Le portique est composé de douze colonnes comme les douze apôtres et le fond est orné de plaques de lave émaillée représentant des scènes de la Bible. Ces oeuvres sont dues à Pierre-Jules Jolivet (1794-1871). On remarque surtout les figures au dessus du portail représentant la Sainte Trinité. L'artiste spécialisé dans la peinture de genre a représenté les personnages avec une expression figée, et le plus curieux est la figure de Dieu le Père qui semble présenter un lot de montres à un prix imbattable. Les autres plaques émaillées ont été remises en place récemment car, en 1861, certains "bien pensants" avaient protesté contre la présence de nus dans le décor (on peut se demander comment Adam et Eve auraient pu découvrir qu'ils étaient nus, s'ils avaient été habillés?).
             
Les décors avaient donc été retirés et ce n'est qu'en 2011 qu'on les a remis en place.

Le portail central en fonte,est également intéressant avec ses douze apôtres accompagnant le Christ. Il est l'oeuvre de Jean-Baptiste Farochon.
De chaque côté du fronton rendant grâce à Saint-Vincent- de-Paul, deux statues représentent l'une Saint-Pierre, l'autre Saint-Paul.

             

L'intérieur tout aussi spectaculaire, avec sa procession de saints représentée sur une fresque monumentale, son maître autel et son calvaire de François Rude. Malheureusement, il y fait trop sombre pour obtenir de bonnes photos sans matériel adapté.
Une des merveilles de cette église est son grand orgue réalisé par Aristide Cavaillé-Coll.
Et justement le square devant l'église est dédié à cette illustre famille de facteurs d'orgues qui a dominé la profession pendant près de deux siècles. Originaire du Tarn, ayant aussi vécu en Espagne, une grande partie de la famille est pourtant inhumée au cimetière Montparnasse.