dimanche 16 juin 2019

COLLEGIALE SAINT-OURS - LOCHES (Indre-et-Loire)

Fondée vraisemblablement au Xe siècle par Geoffroy Grisegonelle, comte d'Anjou, elle fut reconstruite entre le XIe et le XIIe après son effondrement. C'est à Thomas Pactius , prieur de la communauté que l'on doit cette reconstruction. Au commencement, elle était destinée à recevoir une sainte relique, la ceinture de la Vierge.
Au XVe siècle, lorsque Charles VII offrit la seigneurie de Loches à Agnès Sorel, celle-ci fit confectionner un reliquaire précieux pour cette ceinture.
Durant l'année 2019, des fouilles sont en cours dans la crypte pour découvrir les sépultures que la collégiale renferme.


 Ce qui est remarquable dans ce bâtiment, ce sont d'abord les quatre tours creuses octogonales appelées dubes.








Deuxième élément admirable : le narthex avec son porche roman dont les sculptures ont malheureusement subi de nombreux dommages et dont la polychromie s'est effacée.

De part et d'autre du portail, deux curiosités, tout d'abord un tronc fait d'une souche dans laquelle on plante un clou quand on fait un don, d'autre part un bénitier datant de l'époque gallo-romaine.



         




Le principal trésor de la collégiale à la fois artistique et émouvant est le tombeau d'Agnès Sorel. On ignore qui est l'auteur de ce chef-d'oeuvre.
Agnès Sorel née vraisemblablement en 1422, fut la première favorite royale officielle. Le roi Charles VII l'a comblée de cadeaux lui offrant les domaines de Beauté près de Vincennes, de Roquecézière et surtout de Loches. Elle fit elle-même de nombreux dons aux religieux pour tenter de se concilier les faveurs célestes en dépit de sa vie jugée condamnable par les bonnes âmes. Bien qu'enceinte, alors qu'elle rejoignait le roi en février 1450 en Normandie, elle fut victime d'un flux de ventre dont elle mourut. A l'analyse de ses restes en 2005, il a été prouvé qu'elle avait été victime d'un empoisonnement au mercure, sans qu'on puisse établir si ce fut volontaire ou accidentel. 
Quoiqu'il en soit, son gisant d'albâtre est une merveille. La défunte est encadrée par deux anges qui soutiennent le coussin sous sa tête, tandis que deux agneaux (ou béliers) feraient référence à son prénom.
           




L'historien Pascal Arnoux écrit à propos d'Agnès Sorel: fidèle, discrète, douce et équilibrée, Agnès aima de tout son coeur cet homme (Charles VII) à la mine triste, au physique ingrat, fils d'un roi fou et d'une reine décriée, qui douta tant de lui-même. Elle lui apporta une affection vigilante, à lui qui en fut si privé.
Merci à Bruno et Richard pour leur précieux apport photographique

dimanche 5 mai 2019

CIMETIERE DE MONTMARTRE - PARIS XVIIIème arrondissement- 4e partie.

20, avenue Rachel. Quatrième et dernier volet de l'exploration du cimetière Montmartre.

Division 30.
Première tombe de cette division dans l'ordre alphabétique, celle de André-Marie Ampère (1775-1836) et son fils Jean-Jacques Ampère (1800-1864). Le père fut un grand physicien et le fils moins connu, un historien et académicien. Les médaillons sur la stèle sont de Charles Gumery (1827-1871) à qui on doit entre autres les statues du square Emile Chautemps (voir ici).







Un autre grand nom, Henri Beyle, alias Stendhal (1783-1842) immense écrivain. Il fut aussi officier de Napoléon Ier et consul de France. Le médaillon sur la stèle est dû à David d'Angers. L'épitaphe en italien dit : Arrigo Beyle, milanese, scrisse, amo, visse (Henri Beyle, Milanais, il écrivit, il aima, il vécut).





Un autre homme de lettres ou plus exactement dessinateur satirique, anarchiste et provocateur, Maurice Sinet dit Siné (1928-2016). Il collabora à Charlie Hebdo avant de fonder son propre magazine Siné Hebdo. Sa tombe est une oeuvre de Patrick Chappet (1962-2017). C'est Siné lui-même qui fit réaliser cette sculpture assortie de la devise : "mourir, plutôt crever". Il est superflu de décrire le geste éloquent fait par ce cactus. Avec Siné, est enterrée sa compagne Anik Sinet disparue le même jour que lui et André Clergeat, critique, amateur de jazz, journaliste et écrivain sur un sujet : le jazz.




Une tombe peu spectaculaire, est celle de Jean-Daniel Cadinot (1944-2008), photographe et réalisateur de films pornographiques gays.








Autre cinéaste, aux oeuvres plus conventionnelles et certainement plus importantes : Henri-Georges Clouzot (1907-1977). Réalisateur du "Corbeau", des "Diaboliques", de "l'Assassin habite au 21", etc. Il est enterré aux côtés de sa première épouse Véra Clouzot (1913-1960) et d'Inès Clouzot (1925-2011) sa deuxième épouse.





Division 31
Le monument funéraire de la famille Cavaignac présente un gisant spectaculaire. Sur le socle figure l'inscription, à Godefroy Cavaignac. Or, c'est toute une dynastie qui est représentée ici. Tout d'abord, Jean-Baptiste Cavaignac (1763-1829) qui ne repose pas sous cette pierre pour la bonne raison qu'il est mort à Bruxelles en exil. ses fils Godefroy Cavaignac (1801-1845) politique républicain sous la monarchie de Juillet et son frère Louis-Eugène Cavaignac (1802-1857) général et candidat malheureux aux élections présidentielles de 1848. Son fils Jacques Cavaignac (1853-1905) ministre et antidreyfusard, et le fils de ce dernier Eugène Cavaignac (1876-1969) historien. Le gisant est supposé être de François Rude (1784-1855).

Tout près, une féministe de la première heure, Maria Deraismes (1828-1894), co-créatrice de la Société pour la Revendication des Droits des Femmes et de la Grande Loge Symbolique Écossaise, directrice du journal "le républicain de Seine-et-Oise". Le médaillon qui orne sa tombe est de Daniel Dupuis (1849-1899).







Il y a aussi ce monument très impressionnant : la sépulture Delamare-Bichsel. Ce mausolée de granit rose est d'un style art-nouveau qui n'aurait pas digéré complètement celui datant de Napoléon III. S'il est imposant, il n'abrite aucune personnalité connue. L'architecte serait Félix Boiret et daterait de 1902 (il faut noter que cette sépulture rappelle étrangement celle de la famille Bouglione à Lizy-sur-Ourcq, lieu de sépulture du monde circassien).




Plus connue surtout grâce à Henri de Toulouse-Lautrec, la tombe voisine est celle de Louise Weber célèbre sous le pseudonyme de La Goulue (1866-1929). Cette danseuse eut son heure de gloire au Moulin Rouge, avant de monter des spectacles de cirque puis de tomber dans la misère.





Une tombe élégante en marbre blanc est celle de Henri Daydé (1847-1924) ingénieur dont la société participa à la construction de Grand Palais et du pont Bir-Hakeim. Son épouse Pauline (1865-1936) repose avec lui.






Beaucoup plus voyante, la tombe de Francis Lopez (1916-1995) compositeur de multiples opérettes chantées par Luis Mariano ou Georges Guéthary. Deux fois veuf, trois fois marié, sa deuxième épouse Anja repose avec lui. Le monument est dû à Ettore Cedraschi (1909-1996).






Avant de mettre fin à cette promenade dans le cimetière de Montmartre, une dernière photo pour montrer ce tronc mis à la disposition des visiteurs et destiné aux pauvres parisiens. Il en existe dans tous les cimetières parisiens. Font-ils encore recette?
P.S.: on ne peut refermer cet article sans présenter une profession de foi tout à fait intéressante.

lundi 29 avril 2019

CIMETIERE MONTMARTRE - PARIS XVIIIème arrondissement. 3e partie

20, avenue Rachel.

Troisième volet de l'exploration du cimetière Montmartre.
Division 22
En surplomb au dessus de l'ensemble de la division 22 entre l'avenue de Montmorency et le chemin Masséna, se trouve un groupe de tombes intéressantes.

Tout d'abord celle d'Ary Scheffer (1795-1858) peintre d'origine néerlandaise, ainsi que celle d'Ernest Renan (1823-1892) son neveu par alliance, écrivain, philosophe. Peut-être la tombe est-elle aussi celle d'Henri Scheffer (1798-1862) peintre comme son frère. La chapelle serait brillamment décorée à l'intérieur. La maison d'Ary Scheffer, rue Chaptal (9e arrt) est aujourd'hui le musée de la Vie Romantique (voir ici).



 Juste à côté, la tombe d'un écrivain célèbre: Alexandre Dumas (le fils) (1824-1895), dont une maîtresse, Marie Duplessis se trouve non loin (voir ici). C'est elle qui lui inspira l'héroïne de son chef d'oeuvre, la Dame aux camélias. Sa tombe forme une sorte de dais sous lequel un gisant le représente. Au plafond une inscription indique "Je me constituai dans ma vie et dans ma mort qui m'intéresse bien plus que ma vie car celle-ci ne fait partie que du temps, et celle-là de l'éternité". La sculpture est de René de Saint-Marceaux (1845-1915).

 Autre tombe voisine, celle de Laure Permon-Junot, duchesse d'Abrantès (1784-1838). Cette femme fille d'un pourvoyeur de vivres de l'armée, se maria avec le général Jean-Andoche Junot (1771-1813), Elle était réputée pour sa conversation dans les salons à la mode. Elle dépensait beaucoup et était énormément endettée. Devenue veuve, aidée du jeune Balzac, elle se mit à écrire ses mémoires pour préserver quelques revenus. Le médaillon la représentant est de David d'Angers (1788-1856).



En descendant l'escalier, on n'en est pas moins resté dans la 22e division.


Une tombe remarquable est celle de Vatslav Nijinski (1889-1950) qui apparaît représenté dans son costume du ballet Petrouchka (musique de Stravinski). Ce danseur né à Kiev, mourut à Londres après avoir sombré dans la schizophrénie.






Non loin de là, Joseph Samson (1793-1871) était un acteur et un auteur dramatique appartenant à la Comédie Française.








Division 23

Peu de tombes intéressantes pour leur côté monumental ou artistique.


Néanmoins, la chapelle qui accueille la sépulture du professeur Jacques-Joseph Grancher (1843-1907) est particulière pour son aspect circulaire. Ce médecin travailla avec Louis Pasteur sur la vaccination et sur la tuberculose.






 Un autre monument remarquable est la tombe d'Alphonse de Neuville (1835-1885) peintre spécialisé dans les scènes militaires. Il fut particulièrement inspiré par la guerre franco-prussienne de 1870. Sa tombe reprend une image d'un de ses tableaux "le cimetière de Privat" relatif à une bataille du 18 août 1870 que les Français auraient pu gagner si...




Division 24

La tombe de Louis Diémer (1843-1919) est particulièrement élégante avec son buste installé en haut d'une colonne. Il était pianiste et compositeur et s'intéressa beaucoup aux instruments anciens.








Autre musicien, espagnol celui-ci : Fernando Sor (1778-1839). Etrange destinée que celle de cet homme qui avait pris le parti français et dû quitter son pays en même temps que Joseph Bonaparte en 1813. Etabli en France, il eut un grand succès et promut son instrument favori , la guitare. On dit qu'il pourrait être le vrai compositeur du thème de "Jeux Interdits" joué par Narcisso Yépes. Raymond Devos l'évoque dans un de ses sketches, "J'ai des doutes". Sa tombe ne fut identifiée qu'en 1934, ce qui explique le style moderne de la statue qui l'orne.



Division 26
La tombe de Philibert Rouvière (1809-1865) est intéressante pour ses sculptures. Comédien, il est représenté dans son rôle d'Hamlet, (la pièce de Dumas). Le bas-relief est faussement signé Dalou, car l'auteur en est Auguste Préault (1809-1879). Au-dessus, le médaillon présente son masque mortuaire.
                 



Division 27
 La tombe la plus spectaculaire est celle de Jean-Baptiste Baudin (1811-1851). Il s'agit en fait d'un cénotaphe, car son corps a été transféré au Panthéon. En 1851, député, il veut s'opposer au coup d'état du futur Napoléon III. Accusé de s'enrichir avec son indemnité, il bondit sur une barricade en s'écriant "voyez comment on meurt pour 25 francs par jour" et il est touché par la fusillade. Lors du retour de la République, on en fit un héros de la résistance au despotisme. La sculpture est d'Aimé Millet (1819-1891).

Un jolie tombe est celle de Jean-Baptiste Greuze (1725-1805) peintre de scènes familiales théâtralisées et dramatisées. La statue de jeune fille sur le monument évoque un de ses tableaux intitulé "la Cruche cassée". Elle fut installée longtemps après sa mort et elle est l'oeuvre du sculpteur Ernest Dagonet (1856-1926).






Plus sobre, c'est la tombe de Henrich Heine (1797-1856) poète et écrivain allemand réfugié en France en 1831 pour ses idées politiques. Son buste est dû à Louis Hasselriis (1844-1912) sculpteur danois.






Division 29

Une statue monumentale interpelle le promeneur. Elle est sur la tombe de Jean Bauchet (1906-1995) ancien acrobate, qui fut propriétaire du Moulin Rouge et dirigea le Casino de Paris et le Châtelet. La statue intitulée l'Athlète est de Bernard Richard (1932-1997).