vendredi 20 avril 2018

CHÂTEAU DE LA LUNE - EPERNAY - MARNE

Angle de la rue Gallice et de la rue de Sézanne.
Quand on évoque Epernay, on sous-entend qu'on va parler de champagne. Mais cette ville n'est pas que ça. Elle a été lourdement martyrisée lors de la première guerre mondiale. Pourtant, quelques édifices ont résisté à la destruction comme ce petit château qui mériterait plutôt l'appellation d'hôtel particulier.
Il fut construit en 1896 ou 1900 (suivant les sources) par un architecte local, Henri Clouet. Le style art-nouveau est complété par des touches néo-gothiques aussi en vogue à l'époque.
Les ornements sculptés sont dus à un Rémois, Pierre ou Paul Berton. Certes, ils n'ont pas la légèreté et la délicatesse du travail d'un Léon Binet (voir ici), mais ils restent typiques de l'art-nouveau.
Le bâtiment aurait été offert par un notaire amoureux à une jeune femme, Léonie Pasquier.
                 



            


Une très belle grille complète l'ensemble. Ces ferronneries proviennent des ateliers Fourni et Montaudon.



mercredi 18 avril 2018

CHATILLON-SUR-MARNE - MARNE

La petite commune de Chatillon-sur-Marne proche d'Epernay s'enorgueillit d'être le lieu de naissance d'un personnage historique : Eudes de Chatillon, à moins qu'il se soit appelé Odon de Lagery, plus connu sous son nom de pape, Urbain II. Celui-ci le 27 novembre 1095, alors en concile à Clermont lança un appel pour que la chevalerie chrétienne s'en  aille libérer les lieux saints de Palestine plutôt que de se taper dessus. C'est ainsi que la première croisade vit le jour dans l'enthousiasme, pour aboutir le 15 juillet 1099 à la prise de Jérusalem. Ce fut l'occasion d'un épouvantable massacre de la population au nom de Jésus Christ, et de l'amour universel.
En 1876, l'archevêque de Reims émit l'idée de créer un monument à la gloire du pape des croisades. Elle reçut l'aval du pape Léon XIII, et une grande statue fut érigée en 1887 à l'emplacement du château féodal de Chatillon. Le monument fut dessiné par l'architecte Edouard Deperthes (1833-1898) et la statue est l'oeuvre du sculpteur Louis-Auguste Roubaud (1828-1906) de moyenne renommée. L'ensemble fait 33 mètres de haut. Naguère, on pouvait même monter à l'intérieur pour admirer le paysage, mais les règles de sécurité ont interdit cette possibilité.
                  

Le paysage est déjà très impressionnant depuis le bord de la colline.Une table d'orientation informe les curieux sur ce qu'on aperçoit dans les environs. Il subsiste un pan de mur de l'ancien château contre lequel a été implantée en 1891, une croix à laquelle on avait fait faire un pèlerinage à Jérusalem. En 2000, elle fut restaurée et à nouveau consacrée.
 



Depuis l'entrée du site, on aperçoit l'église du village dont la majeure partie date du XVIe siècle, bien qu'à l'origine, elle date du XIIe.


Le porche principal donne sur une rue étroite qui empêche de faire des photos d'ensemble. Les deux contreforts de part et d'autre de la double porte sont les seuls vestiges de l'église originelle. On y a ajouté des niches au XVIe siècle. Malheureusement, les statues en ont disparu.
L'ensemble de la façade a été restauré dans les années 1870.


L'intérieur est intéressant par son décor Renaissance, mais les sculptures datent pour la plupart du XIXe siècle. Le choeur central est flanqué à gauche par la chapelle de la Vierge et à droite par la chapelle du saint patron, qui est, évidemment Urbain II.
                    

Les chapiteaux ont été remaniés au XIXe siècle. Le dos de la façade montre les différentes interventions sur la construction qui ont eu lieu au fil du temps.
                    



mercredi 28 mars 2018

COLONNE VENDÔME - PARIS Ier arrondissement.

Parmi les places importantes de Paris, la place Vendôme est une des plus prestigieuses. Par son harmonie rigoureuse, par son architecture élégante et par les établissements qu'elle héberge, elle est devenue le symbole du luxe.
Sur les conseils de Louvois, c'est Louis XIV qui décide en 1685, de créer cet espace, en remplacement de l'hôtel de Vendôme et d'une partie du couvent des Capucines. Elle devait être appelée place des Conquêtes mais prit finalement le nom de Louis-le-Grand.
      

Jules Hardouin-Mansart (1646-1708) et Germain Boffran (1667-1754) proposent une place rectangulaire de 213 mètres sur 124 mètres à pans coupés; ce qui revient à dire qu'elle est octogonale. Les travaux commencèrent en 1686, mais furent interrompus pour reprendre en 1699. C'est à cette date qu'on installa au centre une statue de Louis XIV. Elle était monumentale puisqu'elle faisait avec le socle 17 mètres de haut. Elle était l'oeuvre de François Girardon (1628-1715) et avait été coulée, parait-il, d'une seule pièce par Jean-Balthasar Keller (1638-1702).
Vint la Révolution, et bien sûr, après l'abolition de la royauté en 1792, le démontage de tous ses symboles. La statue fut fondue et peut-être servit à faire des canons pour les armées de la République. La place devint la place des Piques.
En 1806, Napoléon Ier demanda à ce qu'on érige une colonne de 44 mètres, à la même place revêtue du bronze des 250 canons pris à l'ennemi lors de la bataille d'Austerlitz (2-12-1805). Elle fut surmontée d'une statue de l'Empereur en César par Antoine Chaudet (1763-1810).
En 1814, on descendit l'empereur et on employa le bronze pour la statue d'Henri IV, installée sur le Pont-Neuf. Sur la colonne, on posa une fleur de lis qui y resta jusqu'en 1833. A ce moment, Louis-Philippe Ier voulant flatter les bonapartistes remit une statue de Napoléon, en redingote et petit chapeau. Napoléon III enleva cette statue qui connut quelques vicissitudes avant d'être mise aux Invalides en 1911 (elle y est toujours). Une copie de la statue primitive fut à nouveau réalisée en 1853. C'est encore celle-ci qu'on voit aujourd'hui.

Pour la colonne elle-même, le revêtement de bronze monte au sommet par une spirale ornée de bas-reliefs montrant l'armée en marche. Le socle est aussi revêtu de bronze en bas-reliefs montrant des trophées et équipements militaires multiples et variés. Des aigles en marquent les quatre coins.
        


La porte est surmontée d'une inscription en latin glorifiant l'empereur et ses soldats et qui peut se traduire ainsi:  Napoléon Empereur Auguste a consacré à la gloire de la Grande Armée cette colonne formée de l'airain conquis sur l'ennemi pendant la guerre d'Allemagne, remportée sous son commandement en 1805 en l'espace de trois mois. 
En mai 1871, alors que le gouvernement de la Commune était maître de Paris, Gustave Courbet convainquit les dirigeants de détruire la colonne. Ce fut fait, mais après le retour du gouvernement légal, le peintre fut condamné à reconstruire  la colonne, avec ses propres deniers. Il s'exila en Suisse et mourut en 1877 sans avoir acquitté sa dette.

 Une mention spéciale pour les très belles lanternes placées à trois coins de la place. Elles furent dessinées par Jules Hardouin-Mansart. Elles montrent des "L" entrelacés surmontés d'une couronne et d'un oiseau fabuleux (sphinx?). Il devait y avoir une lanterne pour chacun des quatre coins de la place mais seules trois ont été fabriquées.


dimanche 25 mars 2018

HOTELS - RUE MONSIEUR-LE-PRINCE - PARIS - VIème arrondissement.

Cette rue longeait autrefois, à l'extérieur, l'enceinte de Philippe Auguste, entre les portes Saint Germain et Gibard (à l'emplacement de l'actuel boulevard Saint Michel). Elle s'appelait d'ailleurs, autrefois, rue des Fossés-Monsieur-le-Prince.
Elle doit son nom au prince de Condé qui possédait un domaine cerné par l'actuelle rue de Vaugirard, la rue de Condé et la rue Monsieur-le-Prince.
Le dessin ci-contre à droite, provient d'un détail du plan de Turgot en 1739.
Louis V Joseph de Bourbon-Condé en 1773, s'installa dans un nouveau palais (palais Bourbon) et vendit l'ancien au roi qui décida d'y faire construire un théâtre, le futur théâtre de l'Odéon.

Le n°4 était l'hôtel de Bacq ou Darlons qui s'étendait jusqu'à la rue de Condé et qui date de 1753. Le porche est magnifique avec ses sculptures. Il a été construit pour Pierre Darlons, secrétaire du prince de Condé à l'emplacement des écuries du prince.
                

Au n°10, a vécu longtemps Auguste Comte, père du positivisme (voir ici).
Plus loin, au n° 14 se trouve un immeuble dont la porche d'entrée est original. Le haut est en arc brisé, tandis que le bas de la porte proprement dite est en bois sculpté, figurant la perspective d'une voûte.
Le tympan est encadré de deux sculptures montrant d'un côté, une femme personnifiant la Studieuse et de l'autre, une autre figurant la Libertine. Au centre de l'arc, un mascaron complète l'ornementation.
               


Cet immeuble a été habité par Camille Saint-Saens de 1877 à 1889 ainsi que l'écrivain américain, Richard Wright de 1948 à 1959.







mercredi 28 février 2018

LE PETIT PALAIS - Avenue Winston Churchill - PARIS - VIII e arrondissement

Avenue Winston Churchill.
Le Petit Palais est indissociable du Grand Palais et du Pont Alexandre III. Ils ont été construits quasi en même temps et constituent un magnifique ensemble complété par la perspective de l'esplanade des Invalides (voir ici et ici).
Le Petit Palais est l'oeuvre d'un architecte talentueux, Charles Girault (1851-1932) et il fut construit pour l'Exposition Universelle de 1900 qui fut une sorte de glorification de la Troisième République.


Le portail d'entrée est à la fois monumental et précieux. Il est rehaussé de statues représentant "la Ville de Paris protégeant les arts" de Jean-Antoine Injalbert (1845-1933) sous les traits d'une femme tenant un navire dans ses bras et entourée des muses.


Au pied du perron, de chaque côté figurent des groupes, l'un à droite de Maurice Ferrary (1852-1904) représente la Seine et ses affluents. L'autre à gauche de Louis Convert (1860-1815) représente les Quatre Saisons sous la forme de jeunes femmes tenant des produits de la terre.



La longue façade de part et d'autre du portail, s'étend symétriquement sur presque 150 mètres.





 Entre les colonnes de la façade apparaissent des bas-reliefs et de magnifiques ferronneries dessinées par l'architecte lui-même.

L'intérieur n'est pas moins soigné et on est frappé dès l'entrée par le décor des plafonds dont les peintures tranchent sur les stucs blancs qui les entourent. Ces décors ont été réalisés entre 1903 et 1925, et donc bien après l'inauguration du bâtiment.
Plusieurs peintres ont travaillé sur ces plafonds: Alfred Roll (1846-1919), Fernand Cormon (1845-1924), Ferdinand Humbert (1842-1934), Georges Picard (1857-1943)  ou Albert Besnard (1849-1934).
                




A l'arrière du bâtiment principal se trouve le jardin disposé en demi-cercle avec d'un côté un péristyle au décor somptueux, tant par son plafond peint que son sol en mosaïque. De l'autre côté le pavillon central est dominé par un dôme.
         




Le plafond est dû à Paul Baudoüin (1844-1931), un élève de Puvis de Chavannes et instigateur du renouveau de la fresque.
 
D'autres éléments du décor intérieur ont une grande importance : les deux magnifiques escaliers dont les dessins ont été réalisés par Charles Girault lui-même. Au pied de ces escaliers, les salles présentent des oeuvres de deux grands sculpteurs : Jules Dalou (1838-1902) et Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875). (voir ici pour Carpeaux et ici pour Dalou).
            

Les oeuvres de Dalou sont notamment la maquette en plâtre patiné du "Triomphe de la République", une "Vérité" forcément toute nue et la maquette de la "Bacchanale" dont l'original figure dans le jardin des serres d'Auteuil.
                   

Pour Carpeaux, il y a le bronze représentant l'extraordinaire "Ugolin et ses fils", le "Pêcheur à la coquille" et "le Chinois".
             
Puisqu'il est question des oeuvres exposées dans ce musée, voyons en quelques unes faisant partie des collections permanentes.
Ces oeuvres sont très variées allant du gothique à l'art-déco. Quelques uns des plus grands artistes sont représentés dans ces collections.
En peinture, on peut citer : Claude Monet (1840-1926) avec ce tableau "Soleil couchant sur la Seine à Lavacourt, effet d'hiver" de 1880, qui rappelle huit ans plus tard, "Impression, soleil levant" qui donna son nom aux impressionnistes.
Ce Toulouse-Lautrec (1864-1901) un peu inattendu par rapport à ses sujets habituels.
Ce portrait délicat dû à Berthe Morisot (1841-1895) intitulé "Jeune fille en décolleté, la fleur aux cheveux".
Cette "Femme au bouquet" de Félix Vallotton (1865-1925), dont la robe de velours chatoie.
Il y a aussi ce portrait célèbre de Sarah Bernhardt par son peintre préféré, Georges Clairin (1843-1919).
Les XIVe et XVe siècle ont aussi leurs oeuvres telles celles-ci, venues de Flandre ou d'Allemagne.
 

Pour la sculpture, on peut citer Aristide Maillol (1861-1944) dont on peut admirer beaucoup de statues aux Tuileries.
Cette maquette de statue de "Dante" par Jean-Paul Aubé (1837-1916) dont l'original est devant le collège de France.

Cette Bacchante d'Auguste Clésinger (1814-1883) qui ressemble terriblement à sa "femme piquée par un serpent" exposée au musée d'Orsay.



Ce vase de Jules Dalou intitulé Ronde d'enfants, dont un autre exemplaire se trouve à la Piscine de Roubaix (voir ici)

Au fond, on aperçoit un portrait d'Adolphe Alphand par Alfred Roll, dont on a parlé plus haut.
Alphand fut le concepteur des espaces verts de Paris sous le second Empire.



Il y a aussi cette surprenante statue de femme en marbre qui ne porte aucun renseignement sur son auteur.








Pour le mobilier, il y a par exemple, dans une galerie lambrissée, cette chaise à porteur et ce bureau dit "Mazarin" de Nicolas Sageot (1666-1731) datant du début du XVIIIe siècle.











Cette pendule à orgues assortie d'un concert de singes, faite de bronze doré et de porcelaine a été conçue par l'horloger Jean Moisy (1714-1782) et l'orfèvre Jean-Claude Chambellan Duplessis (soit 1699-1774 ou 1730-1783) vers 1755-1760.





On terminera par la statue se trouvant dans le hall d'entrée intitulée "Gloria Victis" et due à Antonin Mercié (1845-1916). Cette sculpture réalisée après la défaite française de 1870, veut montrer que même vaincue, la France restait glorieuse.