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dimanche 5 mai 2019

CIMETIERE DE MONTMARTRE - PARIS XVIIIème arrondissement- 4e partie.

20, avenue Rachel. Quatrième et dernier volet de l'exploration du cimetière Montmartre.

Division 30.
Première tombe de cette division dans l'ordre alphabétique, celle de André-Marie Ampère (1775-1836) et son fils Jean-Jacques Ampère (1800-1864). Le père fut un grand physicien et le fils moins connu, un historien et académicien. Les médaillons sur la stèle sont de Charles Gumery (1827-1871) à qui on doit entre autres les statues du square Emile Chautemps (voir ici).







Un autre grand nom, Henri Beyle, alias Stendhal (1783-1842) immense écrivain. Il fut aussi officier de Napoléon Ier et consul de France. Le médaillon sur la stèle est dû à David d'Angers. L'épitaphe en italien dit : Arrigo Beyle, milanese, scrisse, amo, visse (Henri Beyle, Milanais, il écrivit, il aima, il vécut).





Un autre homme de lettres ou plus exactement dessinateur satirique, anarchiste et provocateur, Maurice Sinet dit Siné (1928-2016). Il collabora à Charlie Hebdo avant de fonder son propre magazine Siné Hebdo. Sa tombe est une oeuvre de Patrick Chappet (1962-2017). C'est Siné lui-même qui fit réaliser cette sculpture assortie de la devise : "mourir, plutôt crever". Il est superflu de décrire le geste éloquent fait par ce cactus. Avec Siné, est enterrée sa compagne Anik Sinet disparue le même jour que lui et André Clergeat, critique, amateur de jazz, journaliste et écrivain sur un sujet : le jazz.




Une tombe peu spectaculaire, est celle de Jean-Daniel Cadinot (1944-2008), photographe et réalisateur de films pornographiques gays.








Autre cinéaste, aux oeuvres plus conventionnelles et certainement plus importantes : Henri-Georges Clouzot (1907-1977). Réalisateur du "Corbeau", des "Diaboliques", de "l'Assassin habite au 21", etc. Il est enterré aux côtés de sa première épouse Véra Clouzot (1913-1960) et d'Inès Clouzot (1925-2011) sa deuxième épouse.





Division 31
Le monument funéraire de la famille Cavaignac présente un gisant spectaculaire. Sur le socle figure l'inscription, à Godefroy Cavaignac. Or, c'est toute une dynastie qui est représentée ici. Tout d'abord, Jean-Baptiste Cavaignac (1763-1829) qui ne repose pas sous cette pierre pour la bonne raison qu'il est mort à Bruxelles en exil. ses fils Godefroy Cavaignac (1801-1845) politique républicain sous la monarchie de Juillet et son frère Louis-Eugène Cavaignac (1802-1857) général et candidat malheureux aux élections présidentielles de 1848. Son fils Jacques Cavaignac (1853-1905) ministre et antidreyfusard, et le fils de ce dernier Eugène Cavaignac (1876-1969) historien. Le gisant est supposé être de François Rude (1784-1855).

Tout près, une féministe de la première heure, Maria Deraismes (1828-1894), co-créatrice de la Société pour la Revendication des Droits des Femmes et de la Grande Loge Symbolique Écossaise, directrice du journal "le républicain de Seine-et-Oise". Le médaillon qui orne sa tombe est de Daniel Dupuis (1849-1899).







Il y a aussi ce monument très impressionnant : la sépulture Delamare-Bichsel. Ce mausolée de granit rose est d'un style art-nouveau qui n'aurait pas digéré complètement celui datant de Napoléon III. S'il est imposant, il n'abrite aucune personnalité connue. L'architecte serait Félix Boiret et daterait de 1902 (il faut noter que cette sépulture rappelle étrangement celle de la famille Bouglione à Lizy-sur-Ourcq, lieu de sépulture du monde circassien).




Plus connue surtout grâce à Henri de Toulouse-Lautrec, la tombe voisine est celle de Louise Weber célèbre sous le pseudonyme de La Goulue (1866-1929). Cette danseuse eut son heure de gloire au Moulin Rouge, avant de monter des spectacles de cirque puis de tomber dans la misère.





Une tombe élégante en marbre blanc est celle de Henri Daydé (1847-1924) ingénieur dont la société participa à la construction de Grand Palais et du pont Bir-Hakeim. Son épouse Pauline (1865-1936) repose avec lui.






Beaucoup plus voyante, la tombe de Francis Lopez (1916-1995) compositeur de multiples opérettes chantées par Luis Mariano ou Georges Guéthary. Deux fois veuf, trois fois marié, sa deuxième épouse Anja repose avec lui. Le monument est dû à Ettore Cedraschi (1909-1996).






Avant de mettre fin à cette promenade dans le cimetière de Montmartre, une dernière photo pour montrer ce tronc mis à la disposition des visiteurs et destiné aux pauvres parisiens. Il en existe dans tous les cimetières parisiens. Font-ils encore recette?
P.S.: on ne peut refermer cet article sans présenter une profession de foi tout à fait intéressante.

lundi 29 avril 2019

CIMETIERE MONTMARTRE - PARIS XVIIIème arrondissement. 3e partie

20, avenue Rachel.

Troisième volet de l'exploration du cimetière Montmartre.
Division 22
En surplomb au dessus de l'ensemble de la division 22 entre l'avenue de Montmorency et le chemin Masséna, se trouve un groupe de tombes intéressantes.

Tout d'abord celle d'Ary Scheffer (1795-1858) peintre d'origine néerlandaise, ainsi que celle d'Ernest Renan (1823-1892) son neveu par alliance, écrivain, philosophe. Peut-être la tombe est-elle aussi celle d'Henri Scheffer (1798-1862) peintre comme son frère. La chapelle serait brillamment décorée à l'intérieur. La maison d'Ary Scheffer, rue Chaptal (9e arrt) est aujourd'hui le musée de la Vie Romantique (voir ici).



 Juste à côté, la tombe d'un écrivain célèbre: Alexandre Dumas (le fils) (1824-1895), dont une maîtresse, Marie Duplessis se trouve non loin (voir ici). C'est elle qui lui inspira l'héroïne de son chef d'oeuvre, la Dame aux camélias. Sa tombe forme une sorte de dais sous lequel un gisant le représente. Au plafond une inscription indique "Je me constituai dans ma vie et dans ma mort qui m'intéresse bien plus que ma vie car celle-ci ne fait partie que du temps, et celle-là de l'éternité". La sculpture est de René de Saint-Marceaux (1845-1915).

 Autre tombe voisine, celle de Laure Permon-Junot, duchesse d'Abrantès (1784-1838). Cette femme fille d'un pourvoyeur de vivres de l'armée, se maria avec le général Jean-Andoche Junot (1771-1813), Elle était réputée pour sa conversation dans les salons à la mode. Elle dépensait beaucoup et était énormément endettée. Devenue veuve, aidée du jeune Balzac, elle se mit à écrire ses mémoires pour préserver quelques revenus. Le médaillon la représentant est de David d'Angers (1788-1856).



En descendant l'escalier, on n'en est pas moins resté dans la 22e division.


Une tombe remarquable est celle de Vatslav Nijinski (1889-1950) qui apparaît représenté dans son costume du ballet Petrouchka (musique de Stravinski). Ce danseur né à Kiev, mourut à Londres après avoir sombré dans la schizophrénie.






Non loin de là, Joseph Samson (1793-1871) était un acteur et un auteur dramatique appartenant à la Comédie Française.








Division 23

Peu de tombes intéressantes pour leur côté monumental ou artistique.


Néanmoins, la chapelle qui accueille la sépulture du professeur Jacques-Joseph Grancher (1843-1907) est particulière pour son aspect circulaire. Ce médecin travailla avec Louis Pasteur sur la vaccination et sur la tuberculose.






 Un autre monument remarquable est la tombe d'Alphonse de Neuville (1835-1885) peintre spécialisé dans les scènes militaires. Il fut particulièrement inspiré par la guerre franco-prussienne de 1870. Sa tombe reprend une image d'un de ses tableaux "le cimetière de Privat" relatif à une bataille du 18 août 1870 que les Français auraient pu gagner si...




Division 24

La tombe de Louis Diémer (1843-1919) est particulièrement élégante avec son buste installé en haut d'une colonne. Il était pianiste et compositeur et s'intéressa beaucoup aux instruments anciens.








Autre musicien, espagnol celui-ci : Fernando Sor (1778-1839). Etrange destinée que celle de cet homme qui avait pris le parti français et dû quitter son pays en même temps que Joseph Bonaparte en 1813. Etabli en France, il eut un grand succès et promut son instrument favori , la guitare. On dit qu'il pourrait être le vrai compositeur du thème de "Jeux Interdits" joué par Narcisso Yépes. Raymond Devos l'évoque dans un de ses sketches, "J'ai des doutes". Sa tombe ne fut identifiée qu'en 1934, ce qui explique le style moderne de la statue qui l'orne.



Division 26
La tombe de Philibert Rouvière (1809-1865) est intéressante pour ses sculptures. Comédien, il est représenté dans son rôle d'Hamlet, (la pièce de Dumas). Le bas-relief est faussement signé Dalou, car l'auteur en est Auguste Préault (1809-1879). Au-dessus, le médaillon présente son masque mortuaire.
                 



Division 27
 La tombe la plus spectaculaire est celle de Jean-Baptiste Baudin (1811-1851). Il s'agit en fait d'un cénotaphe, car son corps a été transféré au Panthéon. En 1851, député, il veut s'opposer au coup d'état du futur Napoléon III. Accusé de s'enrichir avec son indemnité, il bondit sur une barricade en s'écriant "voyez comment on meurt pour 25 francs par jour" et il est touché par la fusillade. Lors du retour de la République, on en fit un héros de la résistance au despotisme. La sculpture est d'Aimé Millet (1819-1891).

Un jolie tombe est celle de Jean-Baptiste Greuze (1725-1805) peintre de scènes familiales théâtralisées et dramatisées. La statue de jeune fille sur le monument évoque un de ses tableaux intitulé "la Cruche cassée". Elle fut installée longtemps après sa mort et elle est l'oeuvre du sculpteur Ernest Dagonet (1856-1926).






Plus sobre, c'est la tombe de Henrich Heine (1797-1856) poète et écrivain allemand réfugié en France en 1831 pour ses idées politiques. Son buste est dû à Louis Hasselriis (1844-1912) sculpteur danois.






Division 29

Une statue monumentale interpelle le promeneur. Elle est sur la tombe de Jean Bauchet (1906-1995) ancien acrobate, qui fut propriétaire du Moulin Rouge et dirigea le Casino de Paris et le Châtelet. La statue intitulée l'Athlète est de Bernard Richard (1932-1997).






mercredi 9 janvier 2019

CIMETIERE MONTMARTRE - PARIS - XVIIIème arrondissement (2ème partie).

20, avenue Rachel.

Poursuite de l'exploration du cimetière de Montmartre.

13e division.
Tout d'abord, deux frères célèbres qui animèrent les salons littéraires parisiens. Jules (1830-1870) et Edmond (1822-1896) de Goncourt, écrivains et diaristes et amis des écrivains du mouvement naturaliste. C'est Edmond qui, par testament, fonda la célèbre Académie (voir ici ). Leur tombe est ornée de médaillons dus à Alfred Lenoir (1850-1920).


A côté, une tombe est celle de Margaret Kelly (1910-2004), danseuse irlandaise, créatrice en 1932 de la troupe des Bluebell Girls qui se produit toujours au Lido. Elle fut d'ailleurs surnommée Miss Bluebell. Un buste d'elle à la fin de sa vie, avait été disposé sur sa tombe. Il a été volé et remplacé par un cube de verre à l'intérieur duquel on découvre son visage. Avec elle repose son fils Jean Paul Leibovici. Durant l'occupation, elle cacha son mari juif roumain dans une cave jusqu'à la Libération. Cette histoire inspira François Truffaut pour "le Dernier Métro".




Juste derrière, se trouve la tombe d'un violoniste, Edouard Nadaud (1862-1928), professeur au Conservatoire de Paris. Son buste magnifiquement réalisé est de Victor Ségoffin (1867-1925).








15e division.

 C'est ici qu'on peut découvrir la tombe de Jean--Claude Brialy (1933-2007). Acteur de théâtre, de cinéma et de télévision, réalisateur, il a créé le festival de Ramatuelle. C'est la nouvelle vague qui l'avait révélé. La tombe est élégante à l'image de son locataire.







A côté, repose une héroïne romantique : Alphonsine Plessis (1824-1847) plus connue sous le pseudonyme de Marie Duplessis et encore plus connue sous le surnom de Dame aux Camélias. On retrouve son histoire ici. Son ancien amant, A.Dumas fils, est enterré dans la 22e division.



18e division.

Un très beau bronze de Rodin représente Jules Castagnary (1830-1888), journaliste et critique d'art, ami et soutien de Gustave Courbet et de l'école naturaliste.










Augustin Feyen-Perrin (1826-1888) peintre, est enterré avec son frère aîné Jacques-Eugène Feyen (1815-1908), peintre également. Leur tombe est ornée d'une jolie statue de jeune fille du sculpteur Ernest Guilbert (1848-1920).
L'avant du monument porte un bas-relief représentant Jacques-Eugène par lui-même.





 Après des peintres, des musiciens dont le plus important fut Eugène Gigout (1844-1925). Organiste, professeur et compositeur, il fut organiste titulaire de l'église Saint Augustin pendant 62 ans. Il est enterré avec son neveu et fils adoptif Léon Boëlmann (1862-1897). Sur la stèle est gravée une citation de Gabriel Fauré élève d'Eugène Gigout. Elle est malheureusement devenue illisible. Le médaillon est de Naoum Aronson (1872-1943).



19e division.

Dominant la petite place située peu après l'entrée du cimetière, le cénotaphe d'Emile Zola (1840-1902) est visible de loin. C'est un monument de marbre dans le style art-nouveau comprenant un buste de Philippe Solari (1840-1906). Enterré d'abord ici, le corps de l'écrivain fut transféré au Panthéon en 1908. Son épouse Alexandrine et ses enfants sont restés sur place.




La tombe de Otto Klaus Preis (1936-2003) est très remarquable par la statue qui la domine. Cet homme travailla pour Nina Ricci et fut un grand collectionneur d'art et un mécène. La statue est une oeuvre du grand sculpteur Paul Landowski (1875-1961). Elle représente un des fils de Caïn, groupe qu'on peut admirer sur la terrasse des Tuileries. Landowski est l'auteur de statues monumentales comme la Sainte Geneviève du pont de la Tournelle (voir ici) ou Edouard VII dans le passage du même nom (voir ici)











21e division.

Une figure célèbre à Montmartre repose ici : Jacques Delarue dit Anatole (1911-1998) fut garde-champêtre de la commune libre du Vieux Montmartre de 1953 à 1988. Se faisant photographier par les touristes, il fut longtemps une des attractions du village montmartrois. Il partageait sa vie avec sa "cantinière" Mick Moruzzi (1929-2008). Le buste au sommet du monument est de Pedro Olaïzola (1909-1984) sculpteur d'origine uruguayenne et Montmartrois d'adoption.


 Une tombe attire le regard par la belle sculpture qui l'orne. C'est celle de Gustave Guillaumet (1840-1887) peintre orientaliste ayant surtout représenté des scènes populaires dans l'Algérie de la fin du XIXe siècle. La sculpture est de Louis-Ernest Barrias (1841-1905) et représente une jeune algérienne qui dépose des pétales de roses sur le médaillon représentant le défunt.



A l'angle de la division se trouve une tombe assez monumentale. C'est celle de Henri Meilhac (1831-1897) un dramaturge et librettiste qui travailla pour Jacques Offenbach et pour Georges Bizet (Carmen). La sculpture représente la Douleur par Albert Bartholomé (1848-1928) artiste dont il a été question dans la description de la tombe Pam de la 3e division de ce cimetière (voir ici )


Une autre tombe remarquable est celle d'une artiste aux talents multiples, puisqu'elle fut danseuse étoile, actrice, peintre et sculptrice. Monique Tchemerzine plus connue sous le nom de Ludmila Tchérina (1924-2004) repose sous une de ses oeuvres "Europe à coeur" dont l'original se trouve devant le parlement européen.





Léon Gozlan (1803-1866) était un écrivain français, intime de Balzac, président de la Société des Gens de Lettres puis de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques.








Jules Simon (1814-1896) de son nom de naissance Jules Suisse fut un homme politique fervent républicain qui contribua à l'instauration de le IIIe république en 1870. Il fut ministre et président du Conseil durant 5 mois.








Que serait un grand cimetière sans ses chats.