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jeudi 3 décembre 2015

COLLEGE FORTET - PARIS - Vème arrondisement.

Situé au 21 de la rue Valette, tout près de l'actuel Panthéon, ce collège avait été fondé en 1394 par Pierre Fortet (1345-1398), chanoine de Notre-Dame et rattaché à la Faculté des Arts de l'Université de Paris.
A noter que les collèges de cette époque n'avaient pas la même mission d'enseignement qu'actuellement. C'était des logements offerts a des étudiants pauvres mais méritants venus de province ou de l'étranger.
Le collège Fortet était destiné à recevoir huit élèves dont la moitié devait venir d'Aurillac, et plus tard du diocèse de Saint-Flour.
Jean Calvin
Dans la première moitié du XVIe siècle, l'agitation religieuse devient de plus en plus forte. 
En 1533, Jean Calvin (1509-1564), théologien, habite au collège. Le 1er novembre de cette année-là, un de ses amis, Nicolas Cop (1501-1540), recteur à l'Université de paris,  prononce un discours sur la réforme nécessaire de l'église. Ces idées inspirées par Calvin choquent et provoquent une réaction de la part des dirigeants de la faculté. Cop s'enfuit à Bâle et Calvin, considéré comme complice, est menacé d'être arrêté.
Il s'enfuit par les toits du collège. La tour par laquelle il a pu quitté le collège est le seul vestige de l'établissement. La façade sur la rue Valette n'est donc pas celle qui existait à l'époque. En pénétrant à l'intérieur, on se retrouve dans une petite cour au milieu de laquelle un massif arboré apporte un peu de nature dans ce monde minéral.





 La tour récemment restaurée apparaît sur le côté droit de la cour.
Calvin alla se réfugier à Angoulême, puis à Nérac chez Marguerite d'Angoulême (1492-1549), soeur de François Ier et reine de Navarre par son mariage avec Henri II d'Albret.


L'aspect de la tour vers 1839 (photo empruntée au site http://www.fregondee.fr/vente.htm, avec mes remerciements)









La Ligue:
Ironie de l'histoire, c'est dans ce collège qu'en 1585, se réunirent quatre-vingts personnes de tous bords mais inféodées au duc de Guise. Elles y créèrent la Très-Sainte-Ligue, institution extrémiste destinée à chasser les protestants de France.


vendredi 2 octobre 2015

LA TOUR JEAN SANS PEUR - PARIS - IIème arrondissement.

La Tour Jean sans Peur située au 20 rue Etienne-Marcel est le dernier vestige de l'hôtel de Bourgogne, gigantesque demeure construite au Moyen-âge en s'appuyant sur l'enceinte de Philippe-Auguste.
A l'origine, cet hôtel fut construit par Robert II d'Artois en 1270.
En 1318, Jeanne, fille du roi de France Philippe V, épouse le duc Eudes IV de Bourgogne. Comme elle était déjà comtesse d'Artois par sa mère, ce comté passe entre les mains des ducs de Bourgogne.
Après l'extinction de la dynastie capétienne de Bourgogne, le duché passe en 1364 à Philippe le Hardi, le fils préféré du roi de France, Jean II, . C'est la création d'une nouvelle dynastie bourguignonne, celle des Valois.
Le fils de Philippe le Hardi, Jean sans Peur lui succède en 1404.
A ce moment, le roi Charles VI étant incapable de régner à cause de ses crises de folie, deux factions se font face. Le frère du roi, Louis d'Orléans, régent désigné, se trouve en opposition au duc de Bourgogne. Et en 1407, Louis d'Orléans est assassiné sur ordre de son cousin. Il s'ensuit une guerre civile qui amène Jean sans Peur au pouvoir en 1409. Il est de ce fait, maître de Paris et il se fait construire  une tour au sein de son hôtel. Il en fait un instrument de pouvoir, car, avec 23 mètres, elle est à l'époque la plus haute de Paris.
             





Cet édifice a subi des restaurations, pas toujours heureuses. Ainsi, l'ouverture sur les quatre faces à mi-hauteur de la tour a été créée récemment. On y découvre les armes de Bourgogne soutenues par des personnages.
         



Le duc sait bien qu'il a des ennemis déterminés à venger la mort de Louis d'Orléans. Au sommet, il a fait aménager deux pièces qui ne sont accessibles qu'après une ascension difficile par un escalier étroit qui permet de filtrer les visiteurs.
Avant d'accéder à ces deux pièces, au sommet de l'escalier, on découvre une merveille de sculpture représentant les liens qui unissent le duc à son père (Philippe le Hardi) et aussi la puissance de la maison de Bourgogne. Le centre de l'escalier est le tronc d'où partent des branches vigoureuses de chêne autour desquelles s'enroulent des tiges de houblon, symbole de Jean sans Peur. C'est une sculpture unique à Paris et peut-être en France.
       



Un vitrail rappelle un des symboles cher au duc: le rabot. Ceci en réponse à ce qu'avait choisi son rival Louis d'Orléans. Celui-ci arborait des bâtons noueux en croix montrant sa volonté de donner la bastonnade à son ennemi. Le duc de Bourgogne avait adopté un outil destiné à raboter les noeuds du bois. La communication violente en politique ne date pas d'hier.





Au-delà, on accède à la chambre de l'écuyer.
 Cette première pièce est équipée d'une cheminée et luxe suprême pour l'époque, des toilettes dont le conduit d'évacuation passant à l'intérieur du mur aboutissait à une fosse.




Dans le même esprit de confort, le siège est adossé à la cheminée et un présentoir propose une cuvette et un broc d'eau pour se laver les mains.



La décoration toujours raffinée, rappelle sur les murs les symboles du duc: le rabot et le houblon.









Dans cette pièce on a disposé un mannequin qui rappelle la tragédie qui avait précipité le roi Charles VI définitivement dans la folie.
Le 28 janvier 1393, lors d'une fête organisée pour un mariage, le jeune roi et quelques autres jeunes gens de la cour se déguisèrent en hommes sauvages. Alors que la fête battait son plein et que les faux sauvages s'ébattaient en hurlant, Louis d'Orléans curieux de voir qui se cachait sous ces déguisements s'approcha avec une torche. Les costumes faits de lin et d'étoupe prirent feu et quatre jeunes gens moururent de leurs brûlures; le roi dût la vie sauve à sa tante Jeanne de Boulogne duchesse de Berry qui le recouvrit de ses jupons. Cette fête est restée dans l'histoire sous le nom de bal des Ardents. 
Le mannequin disposé ici n'a rien a voir directement avec Jean sans Peur, mais il peut être considéré comme une des origines du conflit qui endeuilla la France pendant des décennies. En effet, le roi choqué par l'événement, sombra dans la folie et ne put assurer le gouvernement, ce qui entraîna des rivalités entre grands seigneurs. Toute cette période de guerre à la fois territoriale, civile et dynastique est une des plus sombres de l'histoire de la France. Ce fut aussi paradoxalement, une des plus riches culturellement grâce aux mécènes, amateurs d'art comme les ducs de Bourgogne, de Berry et d'Anjou.

A signaler aussi dans cette pièce, ce vitrail qui montre les armes de Bourgogne et celles de Marguerite de Bavière épouse de Jean sans Peur.






La dernière pièce est la chambre du duc. On y a disposé pour les visiteurs, un trône et un mannequin habillé comme sur un des portraits les plus connus de Jean sans Peur.
Cette pièce disposait comme la précédente de toilettes situées derrière la cheminée.
Il est bon de signaler que malgré toutes les précautions prises pour se protéger, le duc sera tué en 1419 par des fidèles du dauphin, futur Charles VII. Cela se passa à Montereau lors d'une tentative de réconciliation entre les deux parties.


 Au sous-sol, on peut voir un des derniers vestiges du mur de Philippe Auguste sur lequel est appuyée la tour.






La tour doit sa survie à l'intervention au 16e siècle, de Diego de Mendoza, un seigneur espagnol, alors que tout l'hôtel de Bourgogne était destiné à laisser la place à de nouvelles constructions.
Plus tard, s'y installa le Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne qui en fusionnant avec le Théâtre de la rue Guénégaud, devint la Comédie Française.

lundi 27 mai 2013

GACE (Orne) Le Château.

Château de Gacé dans l'Orne.

La petite ville de Gacé peut s'enorgueillir de posséder un très beau château, très bien conservé, au point qu'il sert maintenant de mairie et de musée. Ce dernier est un peu particulier puisqu'il est consacré à une femme dont le seul mérite est d'avoir inspiré un chef-d'oeuvre de la littérature française : Marie Duplessis.

Le château fut construit au XIIe siècle puis agrandi et fortifié au XVe par les Anglais qui l'occupaient. En 1449, Charles VII est en pleine reconquête de son royaume et c'est Arnaud Amanieu d'Albret d'Orval qui reprend Gacé.
Plus tard, en 1800, il fut brièvement pris par les Chouans.

 

Mais, j'en arrive à la Dame à qui est consacré le musée. Elle eut une destinée extraordinaire, d'un très grand romantisme et pourtant réelle.
Née Rose Alphonsine Plessis, en 1824, à Nohant-le-Pin, elle vécut ses premières années dans la pauvreté et la maltraitance. Ses parents mal assortis, se séparèrent de bonne heure et sa mère mourut quand la petite Alphonsine n'avait que huit ans. Elle aurait perdu sa virginité à douze ans avec un garçon de ferme.
Après avoir travaillé comme servante d'hôtel à Exmes, son père la fait embaucher à quatorze ans dans une fabrique de parapluie à Gacé. Elle n'y reste que quelques mois et est envoyée à Paris pour travailler dans un magasin de chapeaux. Elle est belle et gracieuse. Elle est intelligente aussi, et apprend à lire et écrire. La vie parisienne lui fait entrevoir un autre monde. Un restaurateur du Palais-Royal nommé Nolet, en fait sa maîtresse et l'installe rue de l'Arcade. Un an plus tard, n'ayant plus les moyens de l'entretenir, il se sépare d'elle; elle devient alors une vraie courtisane.
Elle change son prénom en Marie et ajoute une particule à son nom. Elle devient Marie Duplessis et fréquente le tout-paris. Autodidacte et suffisamment intelligente et fine, elle est capable de soutenir des conversations avec des lettrés et des bourgeois aisés. Son charme considérable lui fait conquérir tous les coeurs.
Elle devient la maîtresse d'Alexandre Dumas fils pendant un an ainsi que de Franz Listz qui lui fut très attaché.
En février 1845, à vingt-et-un an, elle se marie à Londres au comte de Perrégaux. Ils ne vivront jamais vraiment ensemble d'autant que la famille du comte est résolument contre cette mésalliance.
Elle est au fait de la gloire, mais, depuis plusieurs années, un mal terrible la ronge: la tuberculose. Elle passe sa dernière année de médecin en médecin, et de créancier en créancier.
Elle meurt à vingt-trois ans en février 1847, presque seule et dans le dénuement. Seuls son mari et le comte von Stackelberg l'assistent dans ses derniers instants.
C'est là que sa gloire va atteindre l'éternité quand Alexandre Dumas, inspiré par sa vie écrit "la Dame aux Camélias" qui rencontre un énorme succès confirmé par le triomphe de la pièce de théâtre qui suit.
Il existe plusieurs portraits de Marie Duplessis, mais celui-ci m'a paru le plus touchant dans sa simplicité.


jeudi 16 mai 2013

MORET-SUR-LOING (Seine-et-Marne)

Moret-sur-Loing, ville médiévale de Seine-et-Marne.

Située entre Fontainebleau et Montereau, cette petite ville a un passé glorieux puisqu'elle fut une résidence royale dès 1075 sous Philippe Ier. Les successeurs de ce roi de France continuèrent à y résider régulièrement en y apportant de nouvelles constructions.
Ainsi, les fortifications datent de Philippe-Auguste, à la charnière des XIIe et XIIIe siècles. Son père Louis VII avait de son côté commencé la construction de l'église Notre-Dame dans le nouveau style gothique.
La ville fut ensuite délaissée au profit de Fontainebleau et laissée en douaire aux reines de France, puis engagée auprès de proches du roi, tels de Thou, Sully ou Jacqueline de Bueil (une des dernières favorites d'Henri IV).
Elle connut encore le vent de l'histoire lors de la campagne de France en février 1814, puisqu'elle fut brièvement occupée par l'armée austro-russe. Napoléon de retour d'Elbe, y fit une courte halte avant sa rentrée dans Paris.
On retrouve tout ce passé  dans certains édifices de la ville.
La porte de Samois qui date du XVe siècle, commande l'accès à la ville ancienne du côté ouest. Un boulet encore incrusté dans le mur témoigne de la bataille qui s'y livra en 1814.
 

Plus loin, sur la place de l'Hôtel de Ville, la mairie et une curieuse maison de bois semblent beaucoup plus anciennes qu'elles ne sont en réalité. La mairie date, en effet, de 1910 et la maison de 1928. Cette dernière qui porte le nom de son constructeur, Pierre Raccolet, est l'oeuvre d'un menuisier, compagnon du Tour de France qui voulut rendre hommage aux métiers artisans. Il construisit sa maison en utilisant tous les stéréotypes médiévaux; le résultat est spectaculaire et non dénué de charme.
 

                             

Derrière la mairie, au fond de la cour, se trouve la galerie de l'hôtel Chabouillé construite en 1527-28 par un fonctionnaire royal du nom de Nicolas Chabouillé. En 1822, un colonel de cavalerie nommé Antoine Brack eut l'étrange idée de transporter cette construction à Paris sur le futur cours Albert Ier au coin de la rue Bayard. Il l'offrit à sa maîtresse Mademoiselle Mars, grande comédienne dont il se sépara trois ans plus tard. Finalement, en 1955, le promoteur qui acquiert le terrain sur lequel elle se trouve, est obligé par le vendeur de ramener tout cet ensemble à Moret. Surnommée maison François Ier, c'est une pure merveille renaissance avec ses décors exubérants. Les médaillons figurant d'illustres personnages ont été manifestement ajoutés plus tard. En effet, en 1528, le futur Henri II avait 9 ans et n'était même pas dauphin.
 
Une frise sur l'entablement supérieur présente une devise en latin qui signifie "Celui qui sait mettre un frein à ses paroles et dompter ses sens est plus fort que celui qui prend des villes d'assaut".

Plus loin dans la rue Grande, une superbe maison datant de 1560, serait l'ancien baillage et appartenait à Claude Chabouillé, sans doute le fils du précédent.
              

L'église Notre-Dame dont la construction avait commencé en 1166, ne fut achevée qu'au XVe siècle. Elle est du plus pur style gothique.
 
En face cette église, une maison du XVe siècle, attire les visiteurs par la gourmandise. En effet, elle fut habitée par les religieuses de la congrégation des Soeurs de la Charité qui y confectionnaient du sucre d'orge, spécialité de Moret. Aujourd'hui, un magasin vous invite à découvrir ces fameux sucres d'orge et d'autres spécialités de la région.
          

Derrière l'église, la rue du Donjon nous mène à cet édifice. Carré, austère, formidable, épaulé par d'épais contreforts, il fut pourtant apprécié comme résidence par les rois capétiens qui y logèrent et par les comtes engagistes dont j'ai parlé plus haut.
Nicolas Fouquet y fut enfermé et gardé par d'Artagnan après son arrestation. Le 4 septembre 1725, Marie Leszczynska y passe sa dernière nuit de jeune fille avant d'épouser Louis XV à Fontainebleau.
 


On ne peut parler de Moret-sur-Loing sans évoquer la figure du peintre Alfred Sisley. Installé en 1882, il apprécia le calme de la campagne bucolique et y résida jusqu'à sa mort en 1899. La ville lui rend hommage par un monument et un buste près de la porte de Samois.



Ci-dessous, l'église de Moret vue par Sisley.

Pour trouver le Loing, il faut sortir par la porte de Bourgogne qui permet de découvrir le pont et les barrages des anciens moulins. Ce pont dont la première construction date du XIIe siècle, a été aménagé au XIXe, mais détruit par l'armée allemande en retraite en août 1944.Il a été reconstruit à l'identique.
 




C'est depuis l'autre rive de la rivière qu'on découvre la vue sur Moret qui est la plus connue, la plus emblématique, celle qu'on nous montre sur tous les guides touristiques (avec généralement plus de soleil que lors de ma visite).