vendredi 2 octobre 2015

LA TOUR JEAN SANS PEUR - PARIS - IIème arrondissement.

La Tour Jean sans Peur située au 20 rue Etienne-Marcel est le dernier vestige de l'hôtel de Bourgogne, gigantesque demeure construite au Moyen-âge en s'appuyant sur l'enceinte de Philippe-Auguste.
A l'origine, cet hôtel fut construit par Robert II d'Artois en 1270.
En 1318, Jeanne, fille du roi de France Philippe V, épouse le duc Eudes IV de Bourgogne. Comme elle était déjà comtesse d'Artois par sa mère, ce comté passe entre les mains des ducs de Bourgogne.
Après l'extinction de la dynastie capétienne de Bourgogne, le duché passe en 1364 à Philippe le Hardi, le fils préféré du roi de France, Jean II, . C'est la création d'une nouvelle dynastie bourguignonne, celle des Valois.
Le fils de Philippe le Hardi, Jean sans Peur lui succède en 1404.
A ce moment, le roi Charles VI étant incapable de régner à cause de ses crises de folie, deux factions se font face. Le frère du roi, Louis d'Orléans, régent désigné, se trouve en opposition au duc de Bourgogne. Et en 1407, Louis d'Orléans est assassiné sur ordre de son cousin. Il s'ensuit une guerre civile qui amène Jean sans Peur au pouvoir en 1409. Il est de ce fait, maître de Paris et il se fait construire  une tour au sein de son hôtel. Il en fait un instrument de pouvoir, car, avec 23 mètres, elle est à l'époque la plus haute de Paris.
             





Cet édifice a subi des restaurations, pas toujours heureuses. Ainsi, l'ouverture sur les quatre faces à mi-hauteur de la tour a été créée récemment. On y découvre les armes de Bourgogne soutenues par des personnages.
         



Le duc sait bien qu'il a des ennemis déterminés à venger la mort de Louis d'Orléans. Au sommet, il a fait aménager deux pièces qui ne sont accessibles qu'après une ascension difficile par un escalier étroit qui permet de filtrer les visiteurs.
Avant d'accéder à ces deux pièces, au sommet de l'escalier, on découvre une merveille de sculpture représentant les liens qui unissent le duc à son père (Philippe le Hardi) et aussi la puissance de la maison de Bourgogne. Le centre de l'escalier est le tronc d'où partent des branches vigoureuses de chêne autour desquelles s'enroulent des tiges de houblon, symbole de Jean sans Peur. C'est une sculpture unique à Paris et peut-être en France.
       



Un vitrail rappelle un des symboles cher au duc: le rabot. Ceci en réponse à ce qu'avait choisi son rival Louis d'Orléans. Celui-ci arborait des bâtons noueux en croix montrant sa volonté de donner la bastonnade à son ennemi. Le duc de Bourgogne avait adopté un outil destiné à raboter les noeuds du bois. La communication violente en politique ne date pas d'hier.





Au-delà, on accède à la chambre de l'écuyer.
 Cette première pièce est équipée d'une cheminée et luxe suprême pour l'époque, des toilettes dont le conduit d'évacuation passant à l'intérieur du mur aboutissait à une fosse.




Dans le même esprit de confort, le siège est adossé à la cheminée et un présentoir propose une cuvette et un broc d'eau pour se laver les mains.



La décoration toujours raffinée, rappelle sur les murs les symboles du duc: le rabot et le houblon.









Dans cette pièce on a disposé un mannequin qui rappelle la tragédie qui avait précipité le roi Charles VI définitivement dans la folie.
Le 28 janvier 1393, lors d'une fête organisée pour un mariage, le jeune roi et quelques autres jeunes gens de la cour se déguisèrent en hommes sauvages. Alors que la fête battait son plein et que les faux sauvages s'ébattaient en hurlant, Louis d'Orléans curieux de voir qui se cachait sous ces déguisements s'approcha avec une torche. Les costumes faits de lin et d'étoupe prirent feu et quatre jeunes gens moururent de leurs brûlures; le roi dût la vie sauve à sa tante Jeanne de Boulogne duchesse de Berry qui le recouvrit de ses jupons. Cette fête est restée dans l'histoire sous le nom de bal des Ardents
Le mannequin disposé ici n'a rien a voir directement avec Jean sans Peur, mais il peut être considéré comme une des origines du conflit qui endeuilla la France pendant des décennies. En effet, le roi choqué par l'événement, sombra dans la folie et ne put assurer le gouvernement, ce qui entraîna des rivalités entre grands seigneurs. Toute cette période de guerre à la fois territoriale, civile et dynastique est une des plus sombres de l'histoire de la France. Ce fut aussi paradoxalement, une des plus riches culturellement grâce aux mécènes, amateurs d'art comme les ducs de Bourgogne, de Berry et d'Anjou.

A signaler aussi dans cette pièce, ce vitrail qui montre les armes de Bourgogne et celles de Marguerite de Bavière épouse de Jean sans Peur.






La dernière pièce est la chambre du duc. On y a disposé pour les visiteurs, un trône et un mannequin habillé comme sur un des portraits les plus connus de Jean sans Peur.
Cette pièce disposait comme la précédente de toilettes situées derrière la cheminée.
Il est bon de signaler que malgré toutes les précautions prises pour se protéger, le duc sera tué en 1419 par des fidèles du dauphin, futur Charles VII. Cela se passa à Montereau lors d'une tentative de réconciliation entre les deux parties.


 Au sous-sol, on peut voir un des derniers vestiges du mur de Philippe Auguste sur lequel est appuyée la tour.






La tour doit sa survie à l'intervention au 16e siècle, de Diego de Mendoza, un seigneur espagnol, alors que tout l'hôtel de Bourgogne était destiné à laisser la place à de nouvelles constructions.
Plus tard, s'y installa le Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne qui en fusionnant avec le Théâtre de la rue Guénégaud, devint la Comédie Française.

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