jeudi 18 avril 2013

CHARLEMAGNE ET SES LEUDES - PARIS- IV ème arrondissement.

Parvis de Notre-Dame de Paris, IVe arrondissement.

En 1853, sans doute titillé par une idée de glorification de l'Empire, Napoléon III commande une statue de Charlemagne à disposer devant la cathédrale Notre-Dame.
Louis et Charles Rochet, deux frères sculpteurs voient leur projet accepté. C'est vraiment une oeuvre de communication (moderne euphémisme ), où aucun poncif ne manque :
-L'Empereur à cheval est entouré de deux de ses leudes, Roland et Olivier. Première incongruité: Roland est censé être mort à Roncevaux depuis 778; or, puisque Charlemagne fut couronné empereur en 800, il y a au moins 22 ans d'anachronisme.
-Charlemagne est représenté avec une longue barbe. C'est maintenant assez largement reconnu qu'il ne portait qu'une moustache.
-Il tient à la main un sceptre qui, effectivement, est dit de Charlemagne. En fait, il date de Charles V et porte la représentation de l'empereur (avec une barbe!) en or à son sommet. Le sceptre actuellement au Musée du Louvre, mesure 60 cm environ alors qu'on le voit là avec une taille d'au moins 2 mètres.
-Les leudes portent des cottes de mailles; il semble que ce genre de vêtement de protection date du XIe siècle au plus tôt (mais peut-être me trompé-je, n'étant pas un spécialiste). Ils portent également des manteaux en peau d'ours. C'est sans aucun doute pour renforcer leur côté sauvage.
   

Les vicissitudes de cette sculpture furent multiples. Car commandée en 1853, son modèle en plâtre ne fut terminé qu'en 1867. En 1870, l'oeuvre définitive n'ayant toujours pas été fondue, la jeune République ne montrait aucun enthousiasme à glorifier un empereur qui avait dominé l'Europe.
Finalement, l'oeuvre en bronze fut présentée à l'exposition de 1878. Cependant, le Conseil de Paris refusa qu'elle fut installée là où c'était prévu à l'origine. Ni l'intervention de Viollet-le-Duc, ni la proposition d'un des frères sculpteurs de prendre les frais d'installation à sa charge ne semblait faire revenir le Conseil sur sa décision. C'est l'opinion publique qui finalement obligera le Conseil à l'accepter.
Le groupe fut acheté en 1895, semble-t-il pour 30000 francs, ce qui ne représentait que le prix du bronze.
Il fallut encore attendre 1908 pour le voir installé définitivement..
En 1973, le Conseil de Paris, voulut à nouveau s'en débarrasser en le donnant à la Ville de Metz. Cette dernière refusa ne voulant pas payer les frais de déménagement.
Une dernière anecdote sur ce monument : il fut un des rares bronzes à ne pas être fondu par l'occupant allemand durant la deuxième guerre mondiale: Charlemagne étant un symbole fort pour les nazis, il n'était pas question de détruire son image.
     



lundi 15 avril 2013

HOTEL DE CLUNY - PARIS - V ème arrondissement.

Rue du Sommerard. Ve arrondissement.

Le XVe siècle a été un des plus sombres de l'histoire de la France avec son cortège de guerres et d'exactions commises par les armées de tout bord ou par la soldatesque livrée à elle-même quand il y avait des trêves. A côté de cet aspect sombre, ce fut une période d'intense création et d'essor artistique grâce à l'influence de la Renaissance Italienne et à des mécènes tels les ducs de Bourgogne, le duc Jean de Berry, ou  René d'Anjou.
A la fin de ce siècle, c'est-à-dire à partir de 1485, l'abbé de Cluny (en Bourgogne) déjà propriétaire d'un pied-à-terre à cet endroit, décida de rebâtir un hôtel plus grand pour recevoir les dignitaires du monastère en voyage à Paris.
C'est un bâtiment construit en pur gothique flamboyant civil. Deux ailes formant un L sont réunies par un mur crénelé. Derrière se trouve la chapelle.

 
A l'intérieur, la cour présente une tour-escalier et une galerie où s'ouvrent cinq élégantes arcades. Les fenêtres  sont surmontées d'ornements où on peut voir les armes de Jacques d'Amboise, le fameux abbé qui fit construire l'hôtel tel qu'on le voit aujourd'hui.
          

                 

A l'arrière, il y a la chapelle et le jardin qui reçoit parfois des expositions d'art contemporain tout à fait incongrues dans ce lieu.

 
L'hôtel de Cluny resta la propriété des abbés de ce monastère jusqu'à la Révolution. Plusieurs hôtes de marque y furent reçus.
Comme par exemple, la jeune Mary d'Angleterre veuve du roi de France Louis XII. Elle avait 18 ans, lui 52 (hé,oui!). Il était désespéré de ne pas avoir d'héritier mâle. Quand il se retrouva avec une si jeune femme, il crut pouvoir espérer lui faire un garçon. On dit qu'il s'y employa avec tant d'ardeur qu'il y perdit la vie. En effet, il mourut moins de trois mois après s'être remarié. On garda la jeune reine pendant 40 jours, dans l'hôtel des abbés de Cluny pour vérifier qu'elle ne portait pas un enfant du roi. De son côté, elle était amoureuse d'un favori de son frère Henry VIII d'Angleterre : Charles Brandon, duc de Suffolk. François Ier, le nouveau roi de France convaincu qu'elle n'était pas enceinte, la renvoya bien vite en Angleterre après qu'elle se fut mariée avec son amoureux.
Le roi d'Ecosse Jacques V fit aussi un séjour ici en 1536. Et puis des nonces du pape et d'autres personnes de différentes qualités.
A la Révolution l'hôtel fut vendu comme bien national. Plus tard, Alexandre de Sommerard, grand amateur d'objets médiévaux l'habita et le remplit d'oeuvres variées de cette époque. C'est la l'origine de la vocation actuelle du bâtiment devenu Musée National du Moyen-Age en 1844.

Au bout du jardin, passe le boulevard Saint-Germain. Lors de son percement en 1858, on supprima le rue du Foin-Saint-Jacques et du même coup un hôtel particulier dit de Marle ou aussi maison de la Reine Blanche. On ignore de quelle reine blanche il s'agit. En effet, la maison ayant été construite au XVIe siècle, les reines veuves qui ont porté le deuil en blanc pourraient être Marie Stuart (veuve de François II), Elisabeth d'Autriche (veuve de Charles IX) ou de Louise de Lorraine (veuve de Henri III). Les autres, Anne de Bretagne ou Catherine de Médicis avaient pour leur part, choisi le noir.



Tout ne disparut pas, puisque cette porte fut sauvée et appliquée sur la façade est de l'hôtel de Cluny. Elle est même classée comme monument historique.
En face donnant sur la rue de Cluny, un vestige de mur porte une plaque qui nous apprend qu'il est le seul élément restant d'un couvent du XIIIe siècle où étaient installés des moines Trinitaires ou Mathurins. 
                     

lundi 8 avril 2013

HÔPITAL SAINT-LOUIS - PARIS - X ème arrondissement.

Rue Bichat, avenue Claude Vellefaux, rue Juliette Dodu, rue de la Grange aux Belles. Xe arrondissement.

Cet hôpital fut voulu par Henri IV en vue d'alléger l'Hôtel-Dieu en période d'épidémie. C'est ainsi qu'il décida de lui donner le nom de son saint ancêtre qui était lui-même mort de la peste en 1270.
La construction débuta en juillet 1607. Henry IV ne vit pas l'hôpital achevé, mais en mai 1610, sa messe d'enterrement fut célébrée  dans la chapelle qui venait d'être terminée.
A cette occasion, on joua et chanta pour la première fois la "missa pro defunctis" d'Eustache du Caurroy qui devint la musique des obsèques royales pendant deux siècles. En l'écoutant, on le comprend; cliquer ici et ici.
Ce sont les architectes Claude Chastillon (1559-1616) (voir ici) et Claude Vellefaux qui le conçurent et évidemment, mis à part la chapelle, les bâtiments sont construits en briques et pierre comme la plupart à cette époque.

Le fondateur mis à l'honneur
  
La cour carrée plantée d'arbres est un agréable lieu de promenade pour les convalescents.
Le paulownia séculaire
La sortie vers le Canal Saint-Martin
           












La chapelle accessible directement à partir de la rue de la Grange aux Belles, a été restaurée en 2005.
L'hôpital recèle également d'autres cours plus modestes, comme celle ci-dessous où un hommage a été rendu au grand chirurgien Paul Lecène, professeur à la faculté de médecine de Paris.
 




vendredi 5 avril 2013

MAIRIE DU XIVe ARRONDISSEMENT - PARIS.

Place Ferdinand Brunot (XIVe arrondissement) et square de l'Aspirant Dunant.

Ce bâtiment de belle apparence fut construit entre 1852 et 1855, alors qu'il n'était encore destiné qu'au village de Montrouge. Lorsque celui-ci fut annexé par Paris, il devint la mairie du XIVe arrondissement, nouvellement créé.
C'est l'architecte Claude Naissant (1801-1879) qui fut son constructeur et Emile Aubertin (1838-1899) qui le transforma.

Cette mairie se trouve face à un vaste espace structuré en deux squares où ont été installées quelques sculptures intéressantes.
Ainsi ce buste de la République du à Jean Bailler, cette femme assise par Jean Joachim ou cet hommage aux mères du XIVe arrondissement par Henri Valette.
        
Il y a aussi dans le square de l'Aspirant Dunand, cette statue de Michel Servet. Cet homme est représenté par Jean Baffier, au moment de son exécution. Comme il contestait certains fondements de la religion chrétienne, il fut tour à tour condamné par l'inquisition catholique et par le Conseil des Deux-Cents qui gouvernait Genève (ville réformée). Il fut brûlé vif en octobre 1553.
A cette époque, l'intolérance religieuse était universelle. Michel Servet en s'entêtant dans ses convictions s'est en quelque sorte suicidé, peut-être convaincu qu'il deviendrait un martyr. Ses thèses basées sur la négation de la Sainte-Trinité n'ont pas pour autant fait recette puisque c'est toujours le dogme en vigueur dans les principaux courants de la religion chrétienne.
Symbole explicite, le monument est ceinturé par des chaînes maintenues par des flambeaux portés par des serpents.
 

Et voici à quoi ressemblait le marché du Petit-Montrouge en septembre 1914.

mercredi 3 avril 2013

PLACE DAUPHINE - PARIS - I er arrondissement.

Place Dauphine et le Pont-Neuf, 1er arrondissement.

Dans mon exploration des bâtiments de style Henri IV, j'aborde cette fois la Place Dauphine entre le Pont-Neuf et le Palais de Justice. Seuls les deux pavillons sur le Pont-Neuf restent authentiques; les autres éléments de la place ont été sérieusement transformés par des rehaussements et transformations diverses qui font que les bâtiments ne sont plus ce qu'ils étaient à la création.
A l'origine (avant le XVIIe siècle), il n'y avait ici que des jardins et plus à l'ouest, des îlots. Ces îlots ont été réunis à l'île principale de la Cité et le terrain ainsi constitué fut donné, en 1607 par Henri IV à un de ses fidèles parmi les fidèles : Achille de Harlay. Celui-ci y construisit une place encadrée de maisons en pierres et en briques dans le style de cette époque.
La forme de la place n'a pas subi de transformations profondes sauf la partie donnant sur le palais de justice qui était autrefois fermée par une arcade monumentale. Cette construction a été démolie en 1874.
Presque tous les bâtiments sont classés aux Monuments Historiques.
       

La famille du fondateur continua d'habiter ici. On rapporte une anecdote à propos de son arrière-petit-fils, Achille III de Harlay, président du Parlement de Paris qui s'était fait traiter de vieux singe par une plaideuse qui craignait de perdre son procès. Comme elle avait finalement gagné grâce au fameux Président, elle vint le remercier. Elle se vit alors répondre : "Voyez Madame, que les vieux singes peuvent être utiles aux vieilles guenons". Il habitait au n°12 de la place.
Plus tard, ce fut Manon Philipon qui naquit en 1754 au 41 quai de l'Horloge. Plus connue sous l'appellation de Madame Rolland, cette grande figure de la Révolution Française fut l'égérie des Girondins avant de périr sur l'échafaud en novembre 1793.
 
Il y a aussi ce restaurant au charme délicieusement rétro qui sert des plats traditionnels juste à côté de la porte par laquelle Simone Signoret et Yves Montand rentraient chez eux.



Au bout de la rue Henri Robert, on retrouve le Pont-Neuf avec la statue du bon roi Henry.
       
Ce pont est riche de détails qui passent parfois inaperçus. Comme le pied des lampadaires ou les petites armoires placées dans leur socle, ainsi que les mascarons sous le tablier.
            

Mon cher Pont des Arts, vu du Pont-Neuf
Et le contraire!