mercredi 28 février 2018

LE PETIT PALAIS - Avenue Winston Churchill - PARIS - VIII e arrondissement

Avenue Winston Churchill.
Le Petit Palais est indissociable du Grand Palais et du Pont Alexandre III. Ils ont été construits quasi en même temps et constituent un magnifique ensemble complété par la perspective de l'esplanade des Invalides (voir ici et ici).
Le Petit Palais est l'oeuvre d'un architecte talentueux, Charles Girault (1851-1932) et il fut construit pour l'Exposition Universelle de 1900 qui fut une sorte de glorification de la Troisième République.


Le portail d'entrée est à la fois monumental et précieux. Il est rehaussé de statues représentant "la Ville de Paris protégeant les arts" de Jean-Antoine Injalbert (1845-1933) sous les traits d'une femme tenant un navire dans ses bras et entourée des muses.


Au pied du perron, de chaque côté figurent des groupes, l'un à droite de Maurice Ferrary (1852-1904) représente la Seine et ses affluents. L'autre à gauche de Louis Convert (1860-1815) représente les Quatre Saisons sous la forme de jeunes femmes tenant des produits de la terre.



La longue façade de part et d'autre du portail, s'étend symétriquement sur presque 150 mètres.





 Entre les colonnes de la façade apparaissent des bas-reliefs et de magnifiques ferronneries dessinées par l'architecte lui-même.

L'intérieur n'est pas moins soigné et on est frappé dès l'entrée par le décor des plafonds dont les peintures tranchent sur les stucs blancs qui les entourent. Ces décors ont été réalisés entre 1903 et 1925, et donc bien après l'inauguration du bâtiment.
Plusieurs peintres ont travaillé sur ces plafonds: Alfred Roll (1846-1919), Fernand Cormon (1845-1924), Ferdinand Humbert (1842-1934), Georges Picard (1857-1943)  ou Albert Besnard (1849-1934).
                




A l'arrière du bâtiment principal se trouve le jardin disposé en demi-cercle avec d'un côté un péristyle au décor somptueux, tant par son plafond peint que son sol en mosaïque. De l'autre côté le pavillon central est dominé par un dôme.
         




Le plafond est dû à Paul Baudoüin (1844-1931), un élève de Puvis de Chavannes et instigateur du renouveau de la fresque.
 
D'autres éléments du décor intérieur ont une grande importance : les deux magnifiques escaliers dont les dessins ont été réalisés par Charles Girault lui-même. Au pied de ces escaliers, les salles présentent des oeuvres de deux grands sculpteurs : Jules Dalou (1838-1902) et Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875). (voir ici pour Carpeaux et ici pour Dalou).
            

Les oeuvres de Dalou sont notamment la maquette en plâtre patiné du "Triomphe de la République", une "Vérité" forcément toute nue et la maquette de la "Bacchanale" dont l'original figure dans le jardin des serres d'Auteuil.
                   

Pour Carpeaux, il y a le bronze représentant l'extraordinaire "Ugolin et ses fils", le "Pêcheur à la coquille" et "le Chinois".
             
Puisqu'il est question des oeuvres exposées dans ce musée, voyons en quelques unes faisant partie des collections permanentes.
Ces oeuvres sont très variées allant du gothique à l'art-déco. Quelques uns des plus grands artistes sont représentés dans ces collections.
En peinture, on peut citer : Claude Monet (1840-1926) avec ce tableau "Soleil couchant sur la Seine à Lavacourt, effet d'hiver" de 1880, qui rappelle huit ans plus tard, "Impression, soleil levant" qui donna son nom aux impressionnistes.
Ce Toulouse-Lautrec (1864-1901) un peu inattendu par rapport à ses sujets habituels.
Ce portrait délicat dû à Berthe Morisot (1841-1895) intitulé "Jeune fille en décolleté, la fleur aux cheveux".
Cette "Femme au bouquet" de Félix Vallotton (1865-1925), dont la robe de velours chatoie.
Il y a aussi ce portrait célèbre de Sarah Bernhardt par son peintre préféré, Georges Clairin (1843-1919).
Les XIVe et XVe siècle ont aussi leurs oeuvres telles celles-ci, venues de Flandre ou d'Allemagne.
 

Pour la sculpture, on peut citer Aristide Maillol (1861-1944) dont on peut admirer beaucoup de statues aux Tuileries.
Cette maquette de statue de "Dante" par Jean-Paul Aubé (1837-1916) dont l'original est devant le collège de France.

Cette Bacchante d'Auguste Clésinger (1814-1883) qui ressemble terriblement à sa "femme piquée par un serpent" exposée au musée d'Orsay.



Ce vase de Jules Dalou intitulé Ronde d'enfants, dont un autre exemplaire se trouve à la Piscine de Roubaix (voir ici)

Au fond, on aperçoit un portrait d'Adolphe Alphand par Alfred Roll, dont on a parlé plus haut.
Alphand fut le concepteur des espaces verts de Paris sous le second Empire.



Il y a aussi cette surprenante statue de femme en marbre qui ne porte aucun renseignement sur son auteur.








Pour le mobilier, il y a par exemple, dans une galerie lambrissée, cette chaise à porteur et ce bureau dit "Mazarin" de Nicolas Sageot (1666-1731) datant du début du XVIIIe siècle.











Cette pendule à orgues assortie d'un concert de singes, faite de bronze doré et de porcelaine a été conçue par l'horloger Jean Moisy (1714-1782) et l'orfèvre Jean-Claude Chambellan Duplessis (soit 1699-1774 ou 1730-1783) vers 1755-1760.





On terminera par la statue se trouvant dans le hall d'entrée intitulée "Gloria Victis" et due à Antonin Mercié (1845-1916). Cette sculpture réalisée après la défaite française de 1870, veut montrer que même vaincue, la France restait glorieuse.

dimanche 7 janvier 2018

SQUARE RESTIF DE LA BRETONNE - PARIS - Vème arrondissement.

Les hommages rendus à des célébrités peuvent s'avérer curieux. Car qualifier de square, le minuscule espace vert auquel on a donné le nom de l'écrivain Nicolas-Edme Restif de la Bretonne (1734-1806) est sacrément audacieux.
Il semble que ce soit à la demande de Jean Dutourd (1920-2011) qu'on ait voulu baptiser un lieu du nom de cet auteur qui avait habité tout près de là, dans la rue de la Bûcherie, au n°16.
Voici le  square qui a été attribué à cet homme brillant. Il est situé au coin de la rue de la Bûcherie et de la rue du Haut Pavé. Il y a une porte pour y pénétrer, mais elle est réservée aux jardiniers. Il faut dire qu'il semble difficile de s'y promener.
           




Depuis la rue des Grands Degrés, on ne parvient pas mieux à appréhender un si vaste ensemble.
Mais qui était Restif de la Bretonne? Fils de paysans, c'était un homme ayant d'abord fait le métier d'imprimeur et qui s'était mis à écrire en 1765. Romancier et essayiste, il fut également philosophe, proche des idées de Rousseau. Ses idées auraient inspiré Saint-Simon et Fourier.
Il a écrit aussi des romans érotiques en réponse au marquis de Sade qu'il détestait. Contrairement au sulfureux marquis, il n'y a aucune cruauté dans ses histoires mais une simple recherche jubilatoire de plaisir. Il a par exemple écrit "l'Anti-Justine" que chacun pourra découvrir en cliquant ici.
Il a écrit aussi une très longue autobiographie où il raconte bien sûr, sa propre vie mais aussi celle de ses contemporains et de la Révolution.
Une amusante particularité fait qu'il est le responsable du plus vieux graffiti parisien. Il se promenait beaucoup la nuit et en a même fait le récit dans "les Nuits de Paris". Durant ses pérégrinations, il gravait sur les murs des pensées, des dates, etc.. La seule inscription qui reste aujourd'hui, est celle qui figure sur un pilier devant le n°11 de la place des Vosges. On peut y lire "NICOLAS 1764".


Cet homme étonnant n'aurait-il pas mérité un lieu plus étoffé pour qu'on lui fasse honneur?

vendredi 5 janvier 2018

PLACE DU CHATELET - PARIS - Ier arrondissement.

La place du Chatelet fait la jonction entre le pont au Change et le boulevard de Sébastopol sur l'axe nord-sud qui traverse Paris. Elle doit son nom à une forteresse sinistre qui avait au départ été bâtie par Louis VI le Gros en 1137 à l'emplacement d'un autre bâtiment construit sous Charles le Chauve pour défendre Paris contre les incursions Vikings.

Plus tard Philippe II Auguste agrandit largement cette enceinte,  rendant ce châtelet inutile pour la défense de la ville. Il fut donc dévolu à la prévôté de Paris qui y rendait justice. Il servait aussi de prison dont certains cachots atteignaient l'horreur absolue.
Aujourd'hui, cette forteresse a été démolie depuis 1810 et l'aspect de la place est beaucoup plus riant malgré la circulation automobile bruyante et malodorante.
A gauche, la vue sur la place depuis le quai de l'Horloge. 
A droite, la place vue du quai de la Mégisserie. Au fond, on aperçoit la tour Saint Jacques (voir ici) et au centre, la fontaine.


La fontaine fut édifiée en 1808 pour glorifier les victoires napoléoniennes. Elle est appelée tantôt, fontaine du Palmier (à cause des palmes qui ornent le haut de la colonne) ou fontaine du Chatelet, mais aussi fontaine de la Victoire (pour la statue qui est juchée à son faîte). Elle fut déplacée en 1858 pour ne pas gêner la circulation vers le boulevard de Sébastopol récemment créé. Le socle fut orné à cette occasion de sphinx qui sont en relation avec la mode qui régnait à l'époque de sa création. Sur la colonne, sont inscrits dès l'origine, les noms de plusieurs victoires telles Ulm, Marengo, Pyramides, etc.. Les statues au pied de la colonne représentent la Vigilance, la Force, la Justice et la Prudence.
La fontaine est due à l'ingénieur François-Jean Bralle (1750-1831) et les sculptures à Simon-Louis Boizot (1743-1809).
    






Au sommet, on peut voir la statue de la Victoire due au même sculpteur Simon-Louis Boizot.






En 1862, furent construits les deux théâtres qui complètent le décor de cette place centrale parisienne. D'un côté le théâtre du Chatelet, de l'autre le théâtre de la Ville qui s'appela pendant longtemps théâtre Sarah Bernhardt. Ces deux bâtiments sont dus à Gabriel Davioud (1823-1881) l'architecte le plus en vue sous le second empire.


jeudi 23 novembre 2017

EGLISE SAINT-LOUIS EN L'ILE- PARIS - IVème arrondissement.

Lorsqu'on décida de construire des maisons sur l'île Saint-Louis, il s'avéra nécessaire d'y construire aussi un lieu de culte. En 1623, Christophe Marie y fit bâtir une chapelle qui se révéla trop petite quelques décennies plus tard. On entreprit donc en 1664 la construction d'une église. François Le Vau (1613-1676) commença les travaux mais faute de moyens financiers, dut s'interrompre. Ce n'est finalement qu'en 1726 que l'église fut terminée par Gabriel Le Duc (1630-1696), Pierre Bullet (1639-1716) et Jacques Doucet.
Elle est implantée dans la rue Saint-Louis-en-l'île, faisant le coin avec la rue Poulletier. Coincée au milieu des maisons, elle possède un clocher ajouré et une façade modeste comparée à l'intérieur richement décoré. Elle mériterait également un bon ravalement. L'horloge accrochée au clocher comme une enseigne est insolite.
             




L'intérieur est beaucoup plus spectaculaire puisqu'il a été enrichi de décors au fil des siècles surtout par Napoléon Bossuet, curé de 1864 à 1888 qui vendit sa propre bibliothèque pour financer ses acquisitions.


 Tout de suite en entrant, on est frappé par la chapelle des fonds baptismaux qui renferme un tableau de Jacques Stella (1596-1657) représentant le baptême du Christ (1645) et huit petites peintures sur bois d'école flamande datant de la fin du XVIe siècle et représentant des épisodes de la vie de Jésus.


Ensuite, vient la statue de Saint Louis IX, roi de France. C'est une oeuvre en grès émaillé de Louis Muller (1855-?) qui date de 1897.







En se retournant, on découvre la nef unique mesurant 60 m. de long. Elle est coupée par un faux transept dont la croisée est dominée par une coupole ornée des armes de France.
                




Tout autour se situent des chapelles latérales, dont celle de la Communion ou celle de la Rédemption.







Deux statues remarquables se font face à la hauteur du transept: Une Vierge à l'enfant et une Sainte Geneviève, oeuvres de François Ladatte (1706-1787). Ces deux statues sont les seules à avoir été épargnées par les exactions des sans-culottes pendant la Révolution parce qu'on les utilisa pour personnifier les déesses de la Liberté et de la Raison.
                 

Une icône du XVe siècle d'origine orientale, rapportée de Rome est accrochée à un pilier. Dite Notre-Dame du Bon secours, elle montre une Vierge à l'enfant entourés des archanges Saint Michel et Saint Gabriel tenant les instruments de la Passion.

Les vitraux ne datent que du XIXe siècle du fait des destructions révolutionnaires.

Ceux représentant Saint-Louis et sa mère Blanche de Castille sont dus à Joseph Vigné et datent de 1842.







La chapelle Saint-Louis ornée du vitrail ci-dessus renferme également des reliques du roi saint.
Le plafond, au-dessus du choeur, montre de belles décorations ponctuées de monogrammes du roi.


L'orgue est récent puisqu'il date de 2005 et est dû à Bernard Aubertin, facteur d'orgue dans le Jura.







Avant de sortir, ayons un dernier regard pour un modeste bénitier. Il fut offert par une religieuse qui avait connu une vie extrêmement brillante puisque il s'agit de Louise de La Vallière, favorite de Louis XIV pendant plusieurs années et qui se retira au couvent avant de prononcer ses voeux en 1675.